En route pour développer le hors route – Entrevue avec Frédéric Lajoie, directeur général de la Fédération Québécoise des Motos Hors Route

Par : François Cominardi - Publié le 10 juillet 2026

Entrevue avec Frédéric Lajoie, directeur général de la Fédération Québécoise des Motos Hors Route. Crédit photo : François Cominardi.
Entrevue avec Frédéric Lajoie, directeur général de la Fédération Québécoise des Motos Hors Route. Crédit photo : François Cominardi.

H1 La Fédération Québécoise des Motos Hors Route (FQMHR) est un organisme à but non lucratif dont la mission est de développer, structurer et encadrer la pratique de la moto hors route à travers la province. Elle agit comme l’interlocuteur officiel auprès des ministères ou autres organismes gouvernementaux. Elle gère cette discipline au même titre que les fédérations de motoneige ou de quad.

Son financement provient en partie des frais d’immatriculation, ce qui lui permet de soutenir les clubs locaux et d’entretenir les infrastructures. Reposant sur un modèle communautaire où 90 % de la gestion est assurée par des bénévoles engagés, la FQMHR chapeaute aujourd’hui quatre grands volets : les sentiers, la compétition, les parcs de circuits fermés et la formation.

Née au milieu des années 2000, la fédération a permis de structurer ce pan d’activité, passionnelle par définition, pratiquée par des hommes et des femmes qui aiment la liberté et les grands espaces. Aujourd’hui, elle représente un réseau majeur comprenant une centaine d’organisations sportives, une trentaine de parcs récréatifs sécurisés et plus de 10 000 kilomètres de sentiers partagés. Que ce soit pour les membres individuels ou professionnels, la FQMHR est une référence pour l’acceptabilité sociale, la sécurité et pour assurer l’avenir de la moto hors route au Québec.

H2 Rencontré sur l’événement de La Classique, le directeur général de la fédération est revenu sur son bilan d’activité dévoilé lors de l’assemblée générale 2025 et sur les projets 2026.

FC : Frédéric, bonjour. Lors de l’assemblée générale 2025, vous avez annoncé l’approbation de votre règlement de sécurité par le ministère de l’Éducation, des Loisirs et des Sports. En quoi est-ce important pour le sport ?

Frédéric Lajoie :

Ce règlement représente un travail considérable de plusieurs années, il est la porte d’entrée à une reconnaissance sportive officielle. Une fois que la moto hors route et ses sports associés seront reconnus comme un sport, de nouveaux horizons s’ouvriront. Un circuit fermé ou un parc récréatif deviendra une installation sportive officielle, les règles uniformes rassureront les parents, faciliteront l’accès aux assurances et structureront nos championnats sous une bannière reconnue. Le motocross pourra être enseigné dans les écoles publiques secondaires dans le cadre de sport-étude. La moto hors route pourra recevoir des subventions pour pratiquer le sport avec un encadrement plus sécuritaire et une rigueur sportive, au même titre que le baseball ou l’athlétisme.

Programme guidon d'argent de la FQMHR.
Programme Guidon d’argent de la FQMHR.

F.C : Est-ce que le « Programme Guidon » (Bronze, Argent, Or) pour les jeunes fait partie de cette démarche d’intégration sportive?

F.L. : Les jeunes font partie de notre préoccupation principale et nous avons un devoir d’éducation. Le programme Guidon, de bronze à argent, est un test à remplir sur notre site internet, pour pratiquer sur nos parcs de motocross ou s’engager en compétition. Il y a une explication sous forme de dessin animé suivi d’un test, différent selon le niveau et l’âge. Chaque test dure environ une demi-heure, formation comprise.

Le Guidon de Bronze est axé sur l’initiation et la découverte. Les 4 à 8 ans y apprennent les notions de base de la conduite, l’importance de porter un équipement de protection adéquat et l’assimilation des premières règles de sécurité sur la piste.

Le Guidon d’Argent (9 à 11 ans) met l’accent sur le perfectionnement technique et la conscience de l’environnement. La formation aide à développer les réflexes de pilotage, à bien évaluer les distances de sécurité ainsi qu’à comprendre la gestion des trajectoires sur le terrain.

Enfin le Guidon d’Or (12 à 15 ans) apprend l’autonomie et le comportement responsable des adolescents. Le contenu explique la maîtrise du comportement en piste, l’anticipation des risques ainsi que le respect des autres pilotes dans le bon esprit du sport.

L’obtention du diplôme est une condition pour obtenir la carte de membre gratuite qui autorise l’utilisation des parcs récréatifs et l’inscription aux compétitions. Chaque association facture ses prestations.

Dans la même optique de professionnalisation, nous développerons bientôt une formation pour nos directeurs de compétition.

H2 F.C : C’est la première fois que la FQMHR expose à la Classique. Pourtant, les motos d’aventure plaquées route ne vous apportent pas de subventions. En effet vous recevez par le gouvernement un montant financier uniquement sur les plaques de motos hors route. Alors quelle est la raison de votre présence ?

F.L.: Premièrement, en 2025 nous avons décidé de réaliser une tournée dans plusieurs événements majeurs à travers la province avec notre tente promotionnelle, sans oublier notre présence soutenue au Salon de la moto de Montréal. De cette façon, nous pouvons nous rapprocher de nos membres, répondre à leurs questions et connaître leurs préoccupations. La Classique est un événement majeur où notre place est tout à fait logique. Et puis nous gérons les droits d’accès aux sentiers fédérés qui sont aussi ouverts aux motos d’aventures immatriculées. Il ne faut pas confondre les sentiers fédérés, gérés par les clubs de quad, et la STQT, qui est un réseau de routes secondaires mis en valeur par l’association Ridaventure également membre de notre fédération.

F.C. : En parlant de sentiers, le réseau est en croissance, notamment grâce à une bonne acceptation des clubs quad. Où en êtes-vous exactement ?

F.L. : En 2025, trois nouveaux clubs quad se sont joints à notre réseau. Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que près de 70 % des clubs quad qui opèrent durant la saison estivale sont membres de la FQMHR et intègrent des motocyclistes dans leurs rangs. Les réseaux quad et moto échangent mieux,  ils ont une meilleur synergie. Nos efforts de communication, notamment notre campagne vidéo sur la pratique sécuritaire en sentier partagé, ont généré plus de 300 000 vues sur Facebook. Le résultat direct ? Une hausse de 11 % de nos membres sentiers. Et la tendance ne faiblit pas : nous anticipons l’arrivée d’au moins trois nouveaux clubs quad pour 2026.

F.C. : Du côté des parcs récréatifs, le circuit MX Deschambeault a mentionné un nouveau système de lumières de sécurité sur les sauts du circuit. En cas de chute pendant les pratiques, un surveillant central active le signal, alimenté par des panneaux solaires. C’est une bonne avancée sécuritaire !

F.L. : Absolument. Avec des lumières sur les sauts « aveugles », gérées par une seule personne qui surplombe le terrain, on peut facilement donner l’information en cas d’incident sur la piste.  La FQMHR aide les autres parcs à s’équiper également. Pendant les compétitions, on conserve les flagmen avec des drapeaux, car c’est la procédure sportive.

Notre réseau de parcs récréatifs se développe bien, il compte actuellement 31 parcs de circuits fermés affiliés.

Cette année, nous sommes fiers d’accueillir un nouveau membre d’envergure : le parc MX Saint-Félicien. Il vient renforcer notre présence provinciale, notamment au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

H2 F.C. : Siégez-vous sur des comités gouvernementaux concernant la moto hors route ?

F.L. : La moto hors route fait partie des VHR avec les quads. C’est plutôt dans ce cadre que nous œuvrons. Je siège personnellement à la Table intersectorielle provinciale en matière de véhicules hors route (VHR), ainsi qu’aux Tables intersectorielles régionales de Lanaudière et du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Je m’assure que la voix, les besoins et les spécificités des motocyclistes hors route sont entendus par tous les paliers gouvernementaux.

M.M. : Un mot sur l’équipe qui vous entoure à l’interne pour mener à bien tous ces chantiers ?

F.L. : La Fédération emploie trois personnes, moi même comme directeur général, Michel Brault, adjoint à la direction générale et Peggy Denechaud pour tout le service administratif. Vous vous doutez que c’est une charge importante, mais oh combien passionnante ! N’oublions pas tout le travail bénévole fourni par les six administrateurs ainsi que tous les présidents et membres des nombreux clubs qui forment la fédération.

En conclusion, la FQMHR est en progression sur les dossiers des sentiers fédérés, des parcs récréatifs, des clubs associatifs et des membres associés. Ses prochains défis seront le passage au statut de fédération sportive reconnue par le ministère de l’Éducation, du Sport, du Loisir et du Plein air.

Cela nécessitera une nouvelle structure, qui sera soutenue par de nouveaux budgets du ministère concerné. La finalité étant la promesse d’un meilleur encadrement, de règlements uniformisés et d’une sécurisation accrue des pratiques sportives.

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