L’ultime tour – Rencontre avec Jules Bruttin – Deuxième partie

PAR Par Zabel Bourbeau. Photos : Jules Bruttin Posted on

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Avant de donner suite à l’entrevue publiée précédemment, voici un résumé de l’histoire :

Jules, jeune motard suisse de 23 ans, arrive sur le continent nord-américain afin d’y découvrir ses routes, ses gens, ses paysages et… son immensité. C’est à Montréal qu’il fait son entrée, parcourt le Québec et les Maritimes pour finalement aboutir chez moi. Puis, à la suite de cette belle rencontre, il quitte mon humble chaumière afin de poursuivre sa traversée du Canada. Son principal objectif : l’Alaska. Ensuite? L’ouest des États-Unis ainsi que le Mexique… Un fabuleux road trip de 10 mois et 78 000 km…

Zabel : Lorsqu’on s’est quittés le 23 juillet 2019, tu te dirigeais vers l’ouest afin d’effectuer la grande traversée du Canada jusqu’à l’Alaska. Comment s’est passée cette traversée?

Jules : Ça a été les journées les plus longues que j’ai jamais parcourues. C’est comme ça que j’ai découvert les limites de ce qui était acceptable. J’ai traversé le Canada en quatre jours : 4000 kilomètres étalés sur quatre jours… C’est un des trucs les plus fous que j’ai réalisés et que je sais que je ne referai jamais!

Zabel : Ah…tu sais Jules, il ne faut jamais dire “jamais”!

Jules : … Ha! Ha! Ha!

Zabel : Comment se passait ton quotidien, en solo avec ta moto?

Jules : Le premier jour, je n’ai pas fait assez de kilomètres : seulement 650. Le deuxième, ne voyant pas la distance se réduire, j’en ai fait 800, le troisième 1200 et le dernier, j’ai dû compléter avec les 1350 restants… Si je me suis autant pressé, c’est que j’avais un rendez-vous pour le service de ma moto chez Blackfoot Motosports à Calgary. Je me permets de leur faire de la pub, parce qu’ils ont vraiment été géniaux!

Quant à la météo sur cette traversée, j’ai eu de tout. Du beau temps le premier jour, du brouillard et de la pluie le deuxième, et les deux derniers j’ai eu du vent : je n’ai jamais affronté du vent comme ça! La plupart des automobilistes étaient à l’arrêt; et je ne parle même pas des motos… Mais j’ai néanmoins continué…

Durant cette traversée, j’ai aussi fait connaissance avec les moustiques (quelle horreur!). J’ai appris à ranger ma tente avec mon équipement de moto sur le dos (veste et casque), le tout en courant pour minimiser les piqûres. Un matin je me suis réveillé et ma tente était noire de moustiques (littéralement) alors que de base, elle est jaune…

Zabel : Oh là là !…

Jules : Bref, après être enfin arrivé à l’entrée de ce nouveau terrain de jeu, j’étais impatient et émerveillé. Voir enfin des montagnes m’a fait réaliser à quel point elles m’avaient manqué et à quel point j’étais lié à mes racines montagnardes. Le paysage dans le parc de Banff était vraiment sublime.

Au lac Louise j’ai fait une petite vidéo pour ma filleule, Louise. C’était un clin d’œil incroyable.

Zabel : Oui! Quelle belle attention!

Jules : Un peu plus loin le soir, alors que je tournais dans un camping, un gars m’a proposé de venir m’installer sur son spot si je ne trouvais pas de place… Il m’a ensuite offert le petit-déjeuner et nous avons longuement parlé. Mon seul regret est de ne pas avoir retenu son nom et d’avoir perdu son numéro de téléphone… *

Zabel : Il lira peut-être cette entrevue et te contactera via les réseaux sociaux! On se croise les doigts!

Jules : Ça serait génial! Il m’a entre autres conseillé de faire un petit détour au Miette Hot Springs, conseil que j’ai suivi avec plaisir.

En direction de l’Alaska, mais encore sur territoire canadien, j’ai fait ma plus belle rencontre. Un souvenir impérissable. En contrebas de la route, j’ai croisé un loup solitaire. Je n’ai pas d’image, contrairement aux bisons qui m’ont eux aussi fait forte impression, et pourtant j’ai une photo dans ma tête que je garderai à vie.

Zabel : Oui, ces souvenirs gravés dans notre mémoire font partie de l’Aventure!

L’Alaska,  souvent  considérée  comme  une  destination  aux  allures  de  «  quête  »  pour  les motocyclistes, c’était comment?

Jules : C’était incroyable, surprenant et inattendu. J’avais des attentes d’espaces perdus avec des routes de gravelle. Et finalement rien de tout ça (quoique oui, un peu quand même) m’est apparu.

Je suis entré en Alaska un jour un peu pluvieux, donc ma première impression a été une pointe de déception (rien n’aurait pu être si faux). À peine la frontière passée, je me suis arrêté à Tok pour faire le plein. Quasiment toutes les pompes étaient utilisées par un petit groupe de motards. Nous avons engagé la conversation et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, j’avais deux invitations, une à Anchorage et une autre à Fairbanks!

J’ai ensuite été étonné de voir les routes aussi goudronnées.

Le paysage était splendide. J’étais de retour dans les montagnes à côtoyer les sommets, taquiner les courbes et longer les glaciers.

Dans les environs d’Anchorage j’ai repris contact avec Dwight (croisé à Tok). Honnêtement, j’ai cru m’être trompé en arrivant chez lui. J’étais dans un quartier aisé, avec des voitures de marque devant de grandes maisons, et un hydravion sur le lac…

Le chien des voisins est venu hurler après moi pendant que j’attendais devant la porte. Au moment où je me suis décidé à repartir, persuadé de m’être trompé, le voisin est venu à ma rencontre. On a discuté, il a appelé Dwight, puis m’a invité à venir patienter chez lui avec une bière en attendant son arrivée.

Cette soirée représente un de mes meilleurs souvenirs. On a passé la soirée tous ensemble. Sa femme m’a demandé si j’avais déjà mangé du King Crab, la réponse étant non, elle m’en a préparé. Le voisin m’a demandé si j’aimais l’hydravion, j’ai dit oui, alors pendant que sa femme nous préparait le repas, il m’a emmené faire un tour. Une soirée incroyable!!!

J’ai d’ailleurs été très surpris (en bien) de ce lien très fort entre voisins, ce à quoi ils m’ont répondu que pour la plupart, ils vivaient loin de leur famille (se trouvant souvent dans un autre État) et que du coup les voisins devenaient une nouvelle famille.

Zabel : Wow! Quels moments merveilleux tu as dû vivre! La séparation fut certainement difficile…

Jules : Effectivement… J’ai continué le lendemain jusqu’au Denali National Park où j’ai fait un tour en bus afin d’observer orignaux, ours, grizzlis et caribous. Malheureusement, ce fut une balade sous la pluie, mais tout de même riche de rencontres animalières.

Arrivé à Fairbanks, je suis allé à la deuxième adresse que l’on m’avait transmise et j’y suis resté quelques jours dans la famille. Je me suis essayé au surf sur lac, je suis retourné dans des sources d’eau chaudes (plutôt brûlantes que chaudes d’ailleurs), j’ai pu essayer un de ces monstrueux trucks (par rapport à l’Europe). J’y suis resté une petite semaine, puis nous sommes allés dans leur chalet pour le weekend où j’ai pu m’essayer sur un quatre-roues.

Zabel : Quel privilège! Mémorable n’est-ce pas?

Jules : Oui vraiment, mais il était déjà temps de reprendre la route. En quittant l’Alaska en direction de Vancouver, je me suis arrêté à un des plus petits déserts au monde, le Carcross Desert au Yukon. Ça aussi c’était pour le moins surprenant…

Je pourrais continuer encore longtemps tellement les paysages m’ont époustouflé et les gens m’ont accueilli à bras ouverts.

Zabel : Qu’est ce qui t’a marqué le plus dans cette grande traversée?

Jules : Le changement de décors à l’arrivée. La possibilité d’avoir de si longues distances, si droites et sans interruption, ça a été ma première fois.

Zabel : Lors de notre rencontre, tu me disais vouloir aller visiter les chutes du Niagara, endroit iconique du Canada, est-ce que tu l’as fait?

Jules : Malheureusement non. Je n’ai pas voulu faire ce détour pour plusieurs raisons. J’avais en tête comme but l’Alaska. Je savais que je reviendrais bientôt dans l’Est canadien, ne serait-ce que pour te revoir, ainsi que toutes les personnes fabuleuses que j’ai eu l’occasion de rencontrer. Après qu’on a regardé ensemble la suite de mon itinéraire, j’ai donc décidé (un peu sur ton conseil) de ne pas passer par les chutes du Niagara. L’Alaska était pour moi ma « top priorité » et je ne voulais en aucun cas le louper. C’était le squelette de mon voyage Canada, Alaska et Mexique.

Zabel : Le passage vers les États-Unis s’est ensuite bien passé?

Jules : Sans aucun souci, je m’attendais à plein de complications et autres. Mais soit le visa que j’avais préalablement demandé a rempli son office, soit le douanier n’en avait pas grand-chose à cirer. C’est tout juste s’il m’a regardé…

Zabel : Parmi les joyaux de l’Ouest américain, quels sont tes coups de coeur?

Jules : C’est difficile à dire ; tous les parcs nationaux valent tellement la peine!!!

Yellowstone au Wyoming, j’y allais un peu parce que c’est un incontournable. Mais je voyais ça comme un nid à touristes. J’ai été bluffé. Juste bluffé. Tellement impressionnant!

La Devil Tower, les Badlands (des paysages de films lunaires) au Dakota du Sud, les séquoias géants en Californie que Patrick m’avait conseillé d’aller voir, la Death Valley, sans oublier l’Arches National Park, le Grand Canyon, etc., bref les parcs nationaux sont des bijoux de la nature et tous ceux que j’ai été voir m’ont épaté! Mais si je devais en sortir deux du lot, je te dirais le parc des Arches et celui des Sequoias qui ont été des coups de cœur absolus.

Zabel : Dans ton plan original, tu descendais encore plus vers le sud (Mexique, Amérique du Sud…), je sais que tu as eu des questionnements quant à la suite à cause, entre autres, des climats politiques. Qu’est-ce qui t’a motivé à poursuivre ta route sur le continent voisin?

Jules : Mon plan original était effectivement de continuer malgré les nombreuses mises en garde des personnes rencontrées, de ma famille, etc. Mais tant que je n’étais pas sur place et que personne de ceux qui m’avaient donné ces conseils n’y avait été, je ne voulais pas changer mes plans. Arrivé proche des frontières, la réalité et les risques ainsi que la barrière des langues et l’éloignement de plusieurs mois de ma patrie m’ont frappé de plein fouet.

J’ai d’abord été à la Baja California, qui est plus ou moins une extension des États-Unis, et c’est là où j’ai eu beaucoup de soucis à la suite. Qu’est ce qui m’a décidé à continuer? Je me suis posé dans un hôtel, j’ai beaucoup téléphoné à mes parents, mes amis et je me suis reposé (ce dont j’avais grandement besoin).

Quand mes batteries ont été rechargées, je me suis dit que j’avais fait le plus dur et que je pouvais bien au moins visiter un peu plus le Mexique. C’est comme ça de fil en aiguille, quand j’ai vu que mis à part cette semaine compliquée, tout roulait à nouveau parfaitement, que je me suis décidé à continuer.

Zabel : As-tu vécu des bris mécaniques? Ta moto a toujours tenu la route?

Jules : Oui, aux États-Unis, j’ai eu mes premiers soucis. Ça a commencé avec le fait que ma moto étant sortie de l’usine trop récemment, la sortie des pièces n’avait pas suivi. J’ai fait trop de kilomètres, trop rapidement par rapport à leur plan de sortie de pièces de rechange. Du coup j’étais souvent embêté pour en trouver (kit de chaîne et autres).

Ensuite je suis tombé une première fois sur un col perdu au fond d’une montagne. J’avais une valise et un pied d’éclatés. Heureusement, après un passage à l’hôpital : rien de cassé. J’ai pu changer ma valise et repartir!

À lire dans le prochain numéro : la troisième et dernière partie de cette aventure extraordinaire, direction la fameuse Terre de Feu : Tierra del Fuego!

* Avis aux lecteurs de ce reportage : si vous connaissez un motard ayant campé au Wilcox Creek Campground à Jasper, en Alberta, le 30 juillet 2019, merci de contacter Jules via son compte Instagram JAB_ride_the_world.

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*Publié dans le Vol. 50 No. 1 de Moto Journal. Vous aimez ce contenu? Cliquez ici pour vous abonner.

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