Yvon Duhamel, le père de la course motocycliste canadienne

PAR François Cominardi Posted on

Yvon Duhamel est décédé le 17 août 2021. Nous republions un article publié en 2020 à cette occasion.

Yvon Duhamel est le chef de file des pilotes moto canadiens. Il a couru également en Europe où sa popularité est très forte, aussi forte que sa détermination, son charisme et son humour hors du circuit. Il fait partie des héros qui ont participé au Continental Circus. Comme Gilles Villeneuve, il a popularisé la parlure québécoise au-delà de l’océan, et donné cette image positive des Québécois en Europe.

Yvon Duhamel est né à Montréal le 17 octobre 1939. Passionné de deux roues, il a ouvert un petit magasin de vélomoteurs à l’âge de 13 ans. Il vendait des modèles californiens Whizzers et se déplaçait dans tout Montréal avec, ce qui lui a donné la piqure. Il s’était vieilli d’un an pour pouvoir rouler. À 16 ans (15 ans donc…), il s’est acheté sa première vraie moto, une Triumph T500 1952. On l’appelait le Marlon Brando de Ville-Émard, car il était habillé comme son idole dans l’Équipée sauvage. C’est à cette époque qu’il a rencontré sa femme et partenaire de vie, Sofia. Il a fait ses débuts en course sur glace pendant l’hiver 1957, sur le lac des Sables, à Sainte-Agathe-des-Monts. L’année d’après, il testait le dirt track sur une moto prêtée. En 1959, il participait à sa première road race, sur le circuit de Saint-Eugène, vers Rigaud, au guidon de la BSA # 485.

En 1962, Yvon prenait part à sa première course à Daytona. Il terminait 11e en amateur sur une BSA Goldstar, parmi 100 pilotes inscrits. La suite est une succession de victoires en Amérique du Nord et un formidable parcours en Europe pendant les Grand Prix Moto, le fameux Continental Circus où il a côtoyé les plus grands, comme Giacomo Agostini, Kenny Roberts ou Barry Sheene.

De 1963 à 1968, il a écumé les championnats canadiens et remporté le trophée White Memorial de la CMA pour avoir obtenu la « Meilleure performance d’un pilote canadien dans toutes les disciplines ». Il a obtenu 11 titres de champion canadien, 6 en dirt track, 2 en motocross, 3 en course sur glace et 1 en road race. Les archives de la CMA indiquent qu’il a gagné deux titres dirt track en 1962, Lightweight et Expert. Ses statistiques en motocross indiquent 70 départs de motocross, 53 premières places, 13 secondes places, 3 troisièmes places et une sortie de piste. En 1967, George Davis, un promoteur et importateur qui l’a souvent aidé lui présente Trevor Deeley, alors importateur Yamaha. Yvon court à Daytona en lightweight en 1967. Il participe également au seul MotoGP canadien à Mosport, où il termine quatrième en 250, dans une course remportée par Mike Hailwood.  En 1968 et 1969, il domine deux fois la classe lightweight. Il participe à la classe 750 cc avec une 350 Yamaha! Il termine second et devient le premier pilote à rouler sur le tri-ovale de Daytona à 150 mph. Lors de ce record, il est ovationné par les 80 000 spectateurs du stade pendant 20 minutes!

Pendant ce temps, il travaille à la station essence avec son frère, à Verdun. Un directeur de Bombardier vient lui proposer de rouler comme pilote officiel Ski-Doo, grâce à ses bons résultats à Daytona et son charisme indéniable. Après négociations, il multiplie par quatre son salaire de la station. Bombardier ne le regrettera pas. Il gagne de nombreuses courses des deux côtés de la frontière, dont le Championnat du monde en 1970 et la fameuse course Winnipeg-to-St Paul 500. Le circuit du Grand-Prix Ski-Doo de Valcourt porte son nom, et il est membre du Snowmobile Hall of Fame américain, du AMA Hall of Fame et du Temple de la renommée de la moto du Canada.

En 1971, c’est à Kawasaki de venir le débaucher de Yamaha pour un contrat de pilote d’usine. C’est un choix difficile pour Yvon, qui a une grande estime pour Trevor Deeley. Celui-ci reconnait que les Kawasaki 500 et 750 cm3 ont plus de potentiel que les 350 Yamaha de l’époque, et laisse partir Yvon, dont il connait le talent et le caractère intransigeant pour les victoires. Il obtient la première victoire Kawasaki aux États-Unis à Talladega (Alabama) en 1971. Jusqu’en 1973, il remporte cinq victoires AMA pour Kawasaki, ce qui n’est pas une mince affaire, car les Kawasaki de l’époque sont hyper puissantes, mais capricieuses et fragiles. Il y aura quelques crashes et abandons également. Pendant la période 1974-1976, il gagne de nombreuses courses de production, l’ancêtre de l’AMA Superbike, avec la Z-1. En 1974, dans la série de Formula 750 FIM, il est deuxième à Silverstone, et en 1975, il remporte la course à Assen. Engagé en Endurance au Castellet, il termine troisième avec Jean-François Baldé, de la mythique course du Bol d’Or, sur une Kawasaki Godier-Genoud, les sorciers de l’endurance de l’époque. Il monte sur la deuxième marche du podium de la populaire course du Moto Journal 200 au circuit Paul Ricard, derrière Giacomo Agostini, et devant Patrick Pons. En 1976, il récidive au Moto Journal 200, avec une troisième position, derrière Johnny Cecotto et Steve Baker. Il participe également au Bol d’Or, toujours avec J.F Baldé et Kawasaki, mais ils sont contraints à l’abandon. Yvon Duhamel fait la couverture des magazines moto, il est présent sur les publicités Kawasaki, sa popularité est très forte en France et en Europe.

En 1977 et 1978, il fait respectivement la deuxième et la troisième place de la manche de Formula 750 à Mosport, maintenant reconnue comme un championnat du monde FIM. Yvon commence à calmer les courses à l’aube de la quarantaine. Il s’occupe de son magasin de moto, Sport 17, à Sainte-Agathe-des-Monts. Cette intrusion dans le monde des affaires est de courte durée. Il engloutira 250 000$ de l’époque, malgré les conseils de son agent, Gérald Tremblay, qui deviendra célèbre par la suite comme maire de Montréal.

En 1988, il revient sur le circuit du Paul Ricard pour participer au Bol d’Or avec ses fils Mario et Miguel. C’est la première fois que trois Canadiens, et Québécois, participent à la course comptant pour le championnat du monde d’endurance. Ils roulent sur une Honda fournie par le concessionnaire français Winners, mais ils ne finissent pas l’épreuve marquée par une inondation de la piste.

Dans le milieu des années 90, Yvon s’inscrit à des courses en Harley-Davidson 883 Sportster AMA. Il est toujours dans la course et dans les dix meilleurs.

En 2002, à 63 ans, il participe à une course de démonstration à Mosport et il chute après s’être fait percuter. C’est le trou noir, trois heures de coma et un casque fendu en plusieurs morceaux.

Cette chute fait mal et l’éloigne des circuits. Il roule aux Coupes Moto Légende à Dijon en 2011, à 72 ans, et il veut toujours gagner, comme le souligne son ami journaliste Jacques Busillet.

Il est également présent en 2017 à Mosport, pour assister au 50e anniversaire du MotoGP 67 organisé par le VRRA. C’est une occasion pour lui de retrouver le pilote britannique Phil Read et l’américano-canadien Steve Baker.

Yvon Duhamel coule des jours paisibles entouré de ses souvenirs dans sa maison de Ville LaSalle en compagnie de sa femme de toujours, Sofia, qui fut appelée Linda quelques fois. Mais Yvon souligne malicieusement que c’est la même femme depuis son adolescence.

ARTICLES LES PLUS RÉCENTS



Une nouvelle Ducati : Scrambler Desert SLED Fasthouse


Gamme Triumph Bonneville 2021 : le changement se trouve à l’intérieur


Kawasaki annonce ses modèles 2022


Yamaha présente sa nouvelle WR250F 2022 et annonce le retour de la WR450F!


Yamaha dévoile ses modèles Supersport célébrant son 60e anniversaire de participation au Grand Prix mondial


Batteries interchangeables sur les motos, quatre constructeurs s’engagent

2 thoughts on “Yvon Duhamel, le père de la course motocycliste canadienne

  1. Mon nom est Jean Lysight, j’ai couru (#59) avec Yvon Duhamel avec qui j’ai beaucoup appris. Il était aussi un ami…. Pour moi Yvon a été le meilleur coureur au monde.

    1. Merci pour votre commentaire. C’était un coureur très complet qui réussissait dans toutes les disciplines. Il était fidèle, amical et il mettait tout le monde à l’aise. Mais quand il montait sur la moto, il voulait gagner. Il a donné à Kawasaki des victoires que lui seul pouvait apporter. L’histoire aurait pu changer avec d’autres marques de moto. Mais il a gagné le respect de tous les pilotes par les résultats qu’il a obtenus, avec le matériel qui lui était fourni. Il n’a pas récolté tous les titres qu’il aurait mérité, mais il a obtenu le respect et l’amitié de tous. Ce qui fait de lui le meilleur!

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *