Americade: un bel évènement

PAR Moto JournalPosted on

La BMW LT de tourisme longue distance est le type de machine que les organisateurs d’Americade adorent voir dans leur ville des Adirondacks, mais Tim lui-même ne se laisse pas si facilement convaincre.

« Il a plu à Toronto la nuit dernière. Beaucoup. Et ça se dirige vers nous. Tu devrais partir de bonne heure », dit ma femme, qui vérifie toujours la météo quand je pars en voyage.
Pendant que je me dirigeais au sud-ouest, vers Valleyfield et un ciel plus sombre, j’ai manqué une direction qui m’aurait épargné du temps et des kilomètres. En plus, je me suis rapproché de la tempête. Idiot.

J’ai traversé l’État de New York plus à l’ouest que prévu, et j’ai finalement rejoint la route que mon ami Richard avait recommandée. « Prends l’autoroute 30 Sud vers Malone, puis la 28, puis la 9. C’est un beau trajet. » Par un jour d’été ensoleillé, certainement, mais pendant que Richard descendait la I-87 avec sa femme dans son camion avec une remorque pleine de jouets, je voyais la température descendre à 3 degrés Celsius avec un vent latéral de 70 km/h qui poussait la neige — oui la neige ! —, dans mon cou. Et dire que demain, ce sera le 1er juin, date d’ouverture de l’Americade 2009…

Si vous êtes un passionné d’histoire, vous avez de nombreuses raisons de vous rendre au Lac George, New York, le berceau d’Americade. Ce fut un site stratégique pour plusieurs guerres pendant les trois derniers siècles (Iroquois contre Algonquins ou Mohawks, Anglais contre Français puis Américains contre Anglais), et plus tard, c’est devenu le terrain de jeux des gens riches et célèbres qui se faisaient construire la plus grosse maison au bord du lac ou le bateau en bois le plus rapide. La plupart des riches vivent maintenant dans d’autres contrées, mais leurs « restes » ont été bien restaurés et les nouvelles batailles visent à attirer les touristes avec des menus alléchants ou des chambres avec vue sur le lac. Et depuis maintenant 27 ans, les deux plus importantes bandes de motocyclistes en Amérique du Nord, Harley et Honda s’y retrouvent avec des bandes plus petites pour une semaine de festivités.

Je me rends au Holiday Inn local, point d’enregistrement central et je suis accueilli par trois charmantes femmes bénévoles qui font tout ce qu’elles peuvent pour « maximiser mon expérience à la semaine Americade ». Plus de 100 bénévoles complètent l’équipe à plein temps de dix personnes, mais nul ne semble plus heureux que Leon Morelli. Je viens aux États-Unis et la première personne avec qui j’ai une conversation est un francophone de Laval qui travaille à la table « Ici on parle français » ! Je suis la seule autre personne de la salle à parler français, Après mon faible « Bonjour », il m’attrape et me raconte l’histoire d’Americade dans l’autre langue officielle canadienne pendant que les trois demoiselles sont impressionnées par mon français dont elles ne réalisent pas la pauvre qualité. Leon vient ici depuis 1989 et il est le lien qui connecte les pilotes québécois aux joies d’Americade. Il affirme que beaucoup de visiteurs ne parlent pas un seul mot d’anglais, donc ils doivent certainement apprécier sa contribution annuelle, même s’ils ne peuvent pas participer pleinement à toutes les activités officielles d’Americade qui se déroulent uniquement en anglais.

Leon m’oriente vers les pages 57 et 58 des 80 pages du programme Americade, pour un résumé des évènements de la semaine. Il est impossible de condenser les détails de la semaine en deux pages car il y a des activités pour tous les goûts. Des inspections gratuites quotidiennes de batteries et de pneus n’en sont qu’un exemple. Il y a également des séminaires pour ceux qui aiment la technique, aussi bien les novices (« Pneus 101 » et « À quoi servent ces fils ? ») que les connaisseurs (« Amélioration des suspensions de motos de tourisme »). Les plus agressifs peuvent assister à (« Améliorez votre pilotage sur la route grâce à des techniques de circuit ») et ceux qui sont heureux de simplement pouvoir faire de la moto («  Comment piloter une moto avec des pièces manquantes ou endommagées — sur vous, pas la moto »). Sur une aire nommée Total control on peut assister à des démonstrations, toutefois, il n’y a pas de cours offerts sur des motos, ce qui serait peut-être une amélioration à considérer pour l’avenir. Après avoir vu un gars toucher le sol avec son genou sur une Gold Wing dans l’aire de démonstration, je me suis demandé où je pouvais signer pour faire la même chose.

Du côté social, il y a des diners, des petits-déjeuners et des diners sur les bateaux croisière, des sorties de groupe et des celebrations — qui ne servent rien de plus fort que du café, des animations en soirée avec des orateurs tels que Clement Salvatori (High Priest du All Who Tour) et des compétitions loufoques telles que « Loony License Plates » et « Stuffed Animals » qui sont bien gentilles mais aussi intéressantes que leur nom peut le laisser penser. Je peux facilement imaginer quelqu’un qui dépense de l’argent pour obtenir la plaque d’immatriculation gagnante de cette année — LV2BNLG (Love to be in Lake George), mais j’ai plus de mal à imaginer de la laisser sur la moto pendant toute l’année…

Il y a un concours d’économie d’essence, des concours d’élégance (avec une journée complète réservée aux Gold Wing) et des prix pour tous ces concours. Sur le site, vous pouvez même vous rendre à l’église tous les jours sauf le lundi. De plus, tout le monde est invité à se joindre au défilé de fermeture… mais alors qui va le regarder ?

Il est impossible de tout faire, ce qui explique pourquoi les trois quarts des participants en sont à leur seconde visite. Les nouveaux, comme moi, sont invités à une présentation animée par le fondateur, Bill Dutcher, qui croit depuis longtemps à la « fraternité motocycliste ». Il était le directeur des relations publiques de Harley-Davidson dans les années AMF, mais il a ensuite démissionné plutôt que de quitter Lac George pour Milwaukee. Il avait assisté à l’un des premiers rallyes Aspencade et avait remarqué comment les manufacturiers étaient capables d’attirer de plus en plus de clients vers les motos de tourisme qui grandissaient en taille et en popularité. La tendance était évidente et l’opportunité était claire pour Dutcher. Ayant commencé en tant qu’Aspencade Est en 1983, le succès d’Americade est incontestable et ses retombées économiques pour la ville de Lake George et les environs sont estimées à 50 millions $ US, soit près de 1 000 $ par participant, ce qui fait l’envie des autres municipalités, même si l’évènement ne rassemble plus seulement des Gold Wing silencieuses, mais aussi des Harley sans silencieux.

Malgré l’afflux des marques plus bruyantes, c’est toujours un évènement familial. Néanmoins, si vous cherchez la controverse, et je vous assure que ce n’était pas mon cas, elle se trouve juste un peu plus haut à Warrensburg, où un groupe a commencé à s’organiser. Les rebelles sont dirigés par un vendeur de surplus militaire nommé Don Bagwell, frustré de voir sa ville exclue des activités d’Americade. Cette année, ils ont donc déclaré leur indépendance en prononçant l’ouverture de la Warrensburg Bike Week le vendredi précédant l’ouverture d’Americade. Situé sur l’une des routes principales menant au Lac George en venant du nord, ce nouvel évènement vise à attirer les premiers arrivants et récupérer une partie du revenu destiné à Americade, ne serait-ce qu’en raison de sa priorité chronologique. Mais il y a peu de ressemblances avec les activités plus raffinées qui se tiennent à Americade, et la Warrensburg Bike Week semble cibler des motocyclistes différents, plus précisément ceux qui sont intéressés par les casques militaires, les chemises avec crânes et ossements et les peintures de réservoir vaguement érotiques…

Type sympathique qui essaie de gagner un revenu pour lui et sa communauté, Bagwell joue sur le sentiment patriotique en affirmant supporter le contingent local des VFW en vendant des surplus militaires de MRE (Meals Ready to Eat, ou repas prêts à manger) et des vêtements de camouflage à partir d’une tente. L’évènement a une forte saveur militaire avec l’étrange Army Bike, entourée de grenades et de ceintures porte-balles de gros calibre, du Orange County Chopper comme pièce principale. Il y a des drapeaux américains partout — encore plus qu’au Lac George. Bagwell me précise que ce nouvel évènement est supporté par l’autre évènement annuel de Warrensburg : la plus grande vente-débarras au monde (vous trouverez tout). Je peux voir la ressemblance.
 
Tout cela est très irritant pour Bill Dutcher, qui perd momentanément son calme lorsque je lui demande pourquoi les bons gars de Warrensburg semblent avoir cette attitude de confrontation. « Ce sont des parasites ! » dit-il. Ils veulent profiter de ce que nous avons mis des années à bâtir. Les gens viennent ici pour bénéficier de la qualité de l’expérience Americade et ils devraient en avoir pour leur argent, mais ces gars de Warrensburg ne comprennent pas ça. » Je tente d’être conciliateur et explique qu’un arrangement de type olympique pourrait fonctionner en faveur de chacun, mais Dutcher n’en est plus au stade de la conciliation. Ses années d’expérience dans les tranchées du marketing l’ont préparé pour une réponse tactique différente. « Vous savez ce que j’ai fait cette année ? J’ai enlevé leur ville de la carte. » En effet, aucune des cartes imprimées par Americade ne mentionne la ville de Warrensburg, et bien que deux des self-directed ride routes passent à travers la ville, celle-ci n’existe pas officiellement ! Nous sommes censés filer tout droit vers le Lac George et la gloire d’Americade. Exit Warrensburg ! L’expression de Dutcher me montre clairement que c’est l’Amérique, et que les gens ont le droit de poursuivre leurs rêves et d’écraser ceux qui les en empêchent…

Ce qui m’amène à un autre aspect de l’évènement : les sorties en moto. J’avais presque oublié, avec tout ce qu’il y a d’autre à faire ! Je vais juste vous dire une chose. Peu importe ce que vous pilotez et votre expérience de pilotage, vous adorerez les routes de ce coin de pays. Elles montent, descendent, passent par-dessus et autour des Adirondacks dans de longues courbes qui peuvent user des repose-pieds de Road King en une seule matinée. Mes amis Richard et Andrea (de la I-87 chaude et sèche) viennent depuis huit ans, mais seulement pour conduire — ils ne s’enregistrent plus aux évènements — et m’ont montré leurs routes favorites.

Ils ont apporté trois motos avec eux dans la remorque : une Buell et une paire de Triumph — Triples Speed pour lui et Street Triple pour elle. Ils ont tendance à se disputer pour avoir la Street Triple, alors Richard s’est résigné à prendre sa 1125. Un sacrifice marginal selon moi, étant donné le penchant de la 1125 pour ce type de routes. Nous formions un petit groupe hétérogène avec moi en arrière sur ma baleine couleur champagne, mais j’ai réussi à suivre leur rythme, même s’il n’était pas de tout repos. Nous avons commencé avec l’une de leurs routes préférées, la 9N, qui longe tout le côté ouest du lac jusqu’au sommet de Ticonderoga, avant de redescendre de 210 pieds vers le lac Champlain. C’est une route passant au travers du superbe Bolton Landing, que je pourrais parcourir dans les deux sens toute la journée ! Mais après un diner à Ticonderoga, nous sommes partis vers l’ouest avec la Country Road 74. Cette route sublime était presque déserte, bien qu’elle fasse partie de la self-directed red route sur la carte d’Americade. Mis à part deux voitures et trois camions dans le sens inverse, nous étions seuls pendant les premiers deux tiers de cette route sinueuse, et je me demandais pourquoi il n’y avait pas plein de motos, lorsqu’après une côte, nous avons justement rejoint la ville de Paradox.

Trop fatigué pour piloter ? Mal remis des excès de la veille ? Besoin d’un nouveau jeu de pneus, de freins ou de repose-pieds ? Pas de problème. Vous voulez vous faire installer des décorations ou de nouveaux échappements ? Vous avez finalement opté pour une remorque de la même couleur afin que votre copain canin Harley puisse vous accompagner ? Affaire conclue, mon ami. Si vous avez besoin de n’importe quoi comme une brosse pour nettoyer les rayons de votre roue ou une toute nouvelle GoldWing 2009 avec une nacelle à air climatisé, vous êtes à la bonne place parce que tous les vendeurs de pièces et accessoires pour les motos de tourisme sont sur le site de Tour-Expo. Quiconque aime regarder les gens et magasiner devrait y réserver au moins une demi-journée, car Tour-Expo occupe une grande section de la ville. Avec les bateaux de croisière d’un côté, les motos d’essai alignées de l’autre, et une mer de motos stationnées entre les deux, il peut être difficile de simplement sortir de cette zone de magasinage.

Toute ville qui invite plus de 50 000 motocyclistes doit le faire avec des plans de circulation bien détaillés. Ainsi, la ville du Lac George et les volontaires d’Americade installent beaucoup de petits cônes orange et de la signalisation pour rediriger la circulation. La municipalité fait aussi venir des policiers. Malgré les cônes orange indiquant la bonne direction, je n’arrivais pas à trouver l’entrée du stationnement pour le Tour Expo ! Sur le point de faire le tour du bloc pour la seconde fois, je me suis arrêté pour demander mon chemin à un policier d’État. Grave erreur. « Excusez-moi… », commençais-je à lui dire, mais aussitôt, il m’intima de m’arrêter. Mais… j’étais déjà arrêté ! « Vous ne pouvez pas passer ici, montez, faites demi-tour et redescendez. » Je lui ai expliqué qu’un signe, là-bas, orientait les gens dans une autre direction. « Les gens sont organisés ainsi depuis sept ans, aboie-t-il. Faites ce que je vous dis ». Lorsque j’ai suggéré que le signe devrait peut-être être modifié, il m’a soudainement interrompu, réclamant mon permis de conduire. « Il est trop tôt ce matin pour que j’écoute votre baratin, vous êtes tous pareils, vous ne voulez pas suivre les ordres et quelqu’un risque de mourir. » Sentant que cela commençait à mal tourner, je lui ai tendu mon permis. Nous sommes arrivés à un compromis : je me tairais, je ne tiendrais pas compte des signes de direction et je ferais demi-tour comme tout le monde ou il me collerait une contravention… J’aime bien les compromis. J’ai poliment remercié l’agent et je suis parti sur l’herbe glissante avec une grande dose d’adrénaline dans les veines et une tête pleine de jurons que je m’interdis de prononcer. Je suis certain que Bill Dutcher ne souhaite pas que ses participants soient traités de cette manière.

Quoi qu’il en soit, toute l’équipe d’Americade est bien organisée pour cet évènement qui a du succès depuis une trentaine d’années. Si vous êtes dans leur cible démographique, vous allez adorer et probablement que vous y retournerez. Mais un nombre considérable de personnes viennent une seule fois, par curiosité, simplement parce que ce n’est pas pour elles et je pense faire partie de ces gens.

En conclusion, même si tout le monde a travaillé fort pour « maximiser mon expérience », il y avait trop de monde, trop de bruit et trop de distractions pour que je puisse profiter de ce qu’il y a de meilleur dans cette région : les routes. Dans tous les cas, marquez la première semaine de juin dans vos calendriers, et venez vivre l’expérience d’Americade au moins une fois. Pour ma part, si j’y retourne un jour, je choisirai l’une des 51 autres semaines de l’année, car, finalement, je n’ai pas besoin d’Americade pour rouler sur des routes fabuleuses.

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