Evaluation

14 juin 2018

Trois mois sans moto?

Envoyer à un ami

fermer

* champs obligatoires

La solution turque à notre dilemme!

Depuis que je roule à moto, j’étire ma saison de roulage. À vrai dire, il n’y a qu’une saison pour la moto à mes yeux; ici, maintenant et pour toujours!
Avertissement
Vous n’avez pas à être d’accord! Je ne tente aucunement de convaincre qui que ce soit que rouler l’hiver est la voie à suivre. Si vous êtes intéressé, ou seulement curieux, voici mon expérience avec les Anlas Winter Grip Plus par tous les temps et par toutes les conditions hivernales. S’il ne s’agit pas de votre tasse de thé, eh bien, s’il vous plait, passez par-dessus cet article tout simplement.

À mon premier automne en tant que motocycliste, j’ai roulé jusqu’aux neiges, bien ­longtemps après que le sol fut gelé. L’hiver qui a suivi fut ­agrémenté de sorties occasionnelles, selon les ­conditions des routes et la contribution de Galarneau. Par la suite, j’ai pris l’habitude de faire au moins une sortie pour chaque page du calendrier. Rarement que l’occasion ne se présente pas, une ou deux journées douces et hop! j’ai ma dose pour ­patienter encore un peu. À l’hiver 1990 je n’avais qu’une DT200 comme véhicule, avec laquelle j’ai par­couru quelque 3000 ­kilomètres entre le début janvier et la fin mars.

Depuis dix ans, ce n’est plus aussi simple pour nous, motocyclistes québécois. Je n’ai plus le loisir de ­sauter tout bonnement sur ma bécane quand bon me semble pour faire un tour ou me rendre où j’ai besoin. Vous connaissez la loi; du 15 décembre au 15 mars, les pneus d’hiver qui affichent le pictogramme 3PMSF, celui avec le flocon et les montagnes, sont obligatoires, et ce, quelles que soient les conditions de la route, à moins de demander une exemption temporaire à la SAAQ. Et présentement, il est question d’allonger cette période, soit que l’obligation s’applique dès le 15 novembre…

Je devrais plutôt dire que je n’avais plus le loisir d’utiliser ma moto; la compagnie turque Anlas commercialise des pneus d’hiver pour deux-roues depuis 2011, pour scooter au début, puis pour moto vers 2013. Les Winter Grip Plus, affichant fièrement le pictogramme si important, sont offerts au Canada depuis deux ans.

J’ai mis la main sur une paire d’Anlas Winter Grip Plus pour ma Ducati Multistrada Enduro à la fin novembre, un 120/70-19 avant et un 170/60-17 arrière. Une construction radiale avec un dessin de semelle agressif qui comprend des lamelles pour aider la traction dans les conditions moins qu’optimales. À l’œil, les gravures se compa­rent à des pneus 70% route, 30% hors route, avec une bande continue sur le centre des deux pneus. Le mélange de caoutchouc s’avère le résultat de tests rigoureux et, étrangement, les Winter Grip Plus ne sont pas très ­souples au toucher. La carcasse rigide met à l’épreuve ma technique de montage et mes barres à pneus! Oui, je les ai montés à la main, dans mon sous-sol. L’équilibrage se fait facilement, sans demander plus de poids que la moyenne.

Le moment de vérité; première balade sur les Winter Grip Plus.
En cette fin novembre, le sol est gelé depuis plus de deux semaines et la neige est présente. Une pluie soutenue hier, qui s’est transformée en neige la nuit venue, a laissé la route couverte à 75% de neige compactée. C’est cela habiter en ­campagne! Au moins le trafic est très léger et les automobi­listes semblent avoir la même évaluation de la situation que moi; c’est ­glissant et tous roulent lentement! La confiance représente une grosse part du pilotage à moto et dans ces conditions, c’est dix fois plus vrai. Dès que je peux aperce­voir un peu d’asphalte, dans les traces des roues principalement, je sens que j’ai une excellente traction et que malgré le mercure qui affiche -8 ?C, les Winter Grip Plus s’agrippent dès le départ.

Sur la neige compactée, ma confiance ne se trouve pas à un niveau qui me permet de relaxer, je bifurque donc sur un petit chemin de terre pour affronter mes démons. Passé l’enseigne qui indique que cette route est fermée l’hiver, le chemin se couvre d’un manteau de cinq centimètres de neige volage. Une première montée fait clignoter le voyant antipatinage; la prochaine côte, vraiment toute blanche malgré qu’on l’appelle la Côte-Rouge, s’annonce un défi. Aux trois-quarts de la montée, l’arrière chasse de côté et je dois fermer les gaz, l’échec s’annonce imminent. Ce n’est que lorsque j’ai réalisé que je tenais à peine debout sur ce fond de glace caché par la neige fraiche que j’ai compris que mon ambition dépassait quelque peu ma compétence et celle des pneus…

Au retour sur mes pas, après avoir difficilement relevé et remis ma Ducati de 600 livres dans la bonne direction, je constate que même si je ne tiens pas à accélérer, je dois le faire : en deuxième, la moto prend de la vitesse, mais le moteur reste au ralenti; je passe la troisième. Puis la quatrième. Et je me résigne à ouvrir les gaz un soupçon pour ramener la roue ­arrière à la vitesse que j’ai maintenant atteinte en descente! Oui, j’ai vraiment mal estimé les ­conditions. Un retour sur les ­chemins ­entretenus sera plus réaliste et plus représentatif d’une utilisation normale.

Depuis ce premier essai rocambolesque, j’ai parcouru près de 1000 kilomètres avec les Winter Grip Plus. De zéro degrés à -21 ?C, en ville, à la campagne et sur l’autoroute, sur pavé dégagé, sec, baveux de neige fondante ou avec de la gadoue, dans la neige et même sur fond glacé, j’ai roulé dans tout ce que l’hiver québécois nous a offert en cette fin 2017 et début 2018. J’ai contacté l’usine Anlas, à Düzce, près d’Istanbul, pour obtenir des conseils. La ­pression recommandée a positivement influencé mon niveau de confiance dans ces pneus que je ­trouvais déjà très ­performants. Vu la carcasse rigide et le mercure bas, j’ai opté par intuition pour une pression de 24 lb/po2 avant et arrière. J’ai même expérimenté sous ces valeurs à un moment. Les recommandations d’Anlas sont d’ajuster la pression à 2 lb/po2 sous celle utilisée avec des pneus de route l’été, donc 33 lb/po2 avant et 35 lb/po2 arrière pour ma Ducati. Un sourire encore plus clownesque à envahi mon visage dès que j’ai fait cet ajustement. Depuis je m’amuse à faire clignoter l’antipatinage en accélérant dans la « slush » et sur la glace; sur l’asphalte, c’est plutôt l’anticabrage qui entre en jeu!

Quant au freinage, là je me garde toujours une très bonne marge de sécurité; sur le sec ou le pavé humide, je peux freiner pratiquement comme l’été, soit avec plus d’ardeur que le motocycliste moyen n’ose le faire en condition optimale l’été. Dans la gadoue, la performance de freinage se compare à un freinage sous pluie intense l’été. Lorsqu’il y a de la neige ou de la glace, le doigté et un peu de plani­fication sont évidemment requis. Sachez qu’un panneau d’arrêt par -20 ?C signifie glace noire. Je n’ai qu’à agir en conséquence et rien de dramatique ne survient.

Les pneus Anlas Winter Grip Plus sont requis si vous songez à faire de la moto l’hiver au Québec et ils ­performent admirablement. Ne comptez pas sur moi pour vous dissuader de faire l’expérience, mais soyez avisé que vous deviendrez un meilleur pilote; par la force des ­choses, c’est une conséquence inévitable. Et je vous ­saluerai lorsque nous nous croiserons entre deux bancs de neige