Éditorial

8 mars 2018

Le doigt dans l’engrenage

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En ce lundi de septembre me voici à l’aéroport de Birmingham, en Alabama. Xavier se trouve avec moi et fait ses travaux scolaires. Nous sommes sur le retour d’un weekend de course au Barber Motorsports Park, la dernière ronde de la série MotoAmerica.
Après les performances de ma recrue l’été dernier en classe Ninja 300, ici au championnat Mopar CSBK, j’ai pris l’initiative de contacter les responsables de la coupe KTM RC Cup américaine. Une moto est disponible à chaque ronde pour un pilote invité en tant que « Wild Card ». John Ulrich s’occupe de ce programme, et en juillet, je lui ai proposé de disputer une course avec le potentiel champion canadien, après la fin du championnat Mopar CSBK, ce qui laissait trois dates possibles au calendrier MotoAmerica. Il m’a dit que la liste de demandes était longue mais que l’idée lui plaisait. « S’il y a une chance que ça se produise, elle se présenterait pour la dernière course en Alabama. » À la suite de ce premier contact, je suis revenu à la charge après que le nom de Xavier Paradis s’inscrivit définitivement en tant que champion de la série Ninja 300 en août.

Alors que l’on ne croyait plus avoir la chance de voir Xavier se mesurer aux meilleurs pilotes de la série américaine, j’ai reçu un appel de monsieur Ulrich, qui me demanda s’il pouvait participer à Barber. Avec moins d’une semaine pour se préparer, la course contre la montre s’est engagée dès que Marc, le paternel, a donné son aval. C’est lui qui a dû composer avec toute la paperasse. Les démarches pour obtenir une licence internationale ne sont pas simples, et ce, même si j’avais déjà préparé le terrain en contactant les responsables de la FIM North America deux mois plus tôt. Une fois l’examen médical passé, les formulaires notariés remplis et les autres procédures réglées, nous n’avions plus qu’à nous rendre en Alabama.

La logistique d’une fin de semaine de course représente toujours un défi, mais ici j’étais vraiment en dehors de ma zone de confort. La moto, fournie par KTM North America, est bien préparée, mais je dois évaluer les réglages qui conviendront à Xavier. Lui de son côté absorbe tout ce qui se trame calmement.

Apprendre un nouveau circuit, sur une nouvelle moto réglée approximativement et sur des pneus différents s’avère fort exigeant, particulièrement pour un pilote de 15 ans qui n’a qu’une saison d’expérience. Avec un écart de 4,6 secondes par rapport aux plus rapides, à sa première session le vendredi matin, Xavier s’est attaqué à disséquer les 17 virages du circuit de Barber pour rétrécir cette marge jusqu’à peine plus d’une seconde le dimanche. Malheureusement, quelques chutes ont compliqué sa progression. Une le samedi lors de la séance de qualification me laissait moins d’une heure trente pour remettre la moto en état. Un précieux coup de main d’Uli, de KTM, nous assura d’être prêts pour la première course de la fin de semaine. De la quatorzième position sur la grille, le pilote de la moto numéro 880 s’est hissé à la onzième place au drapeau.

Un point que j’ai constaté : n’ayant que rarement roulé des pneus neufs, mon pilote n’exploite pas tout le potentiel des gommes neuves. Nous avons donc discuté de l’approche à prendre pour en tirer le maximum. Dès la séance d’échauffement le dimanche matin, sur le ­deuxième jeu de pneus alloués, Xavier s’est fait remarqué en se maintenant parmi le top-5 au tableau d’affichage. Une deuxième chute a mis un terme à cette session. Dure leçon qui n’a heureusement pas causé de blessure malgré la vitesse élevée. La moto et la combinaison s’en sont moins bien sorties par contre.

Avec plus de temps pour rebâtir la moto, je m’attaque à la tâche, mais Uli m’interrompt pour m’offrir une autre moto. Lors de la deuxième course, Xavier reprend où il avait laissé, dans un ensemble de cuir nouvellement emprunté, avec des temps constants et compétitifs. Une troisième chute sans gravité a mis un terme à cette aventure qui, à défaut d’être valorisante côté résultats, aura démontré que notre champion canadien n’avait pas à rougir devant la compétition. La même journée que je rece­vais l’appel de John Ulrich pour participer à cette course de MotoAmerica, Marc a reçu l’invitation pour que Xavier prenne part à la sélection pour la Red Bull MotoGP Rookies Cup, en Espagne. Une autre chance unique, mais la famille Paradis ne retrouvera pas cette vie calme d’avant…