Sécurité

13 mars 2018

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Les plus récentes technologies allient confort et protection
L’auteur et dramaturge irlandais George Bernard Shaw a très bien illustré la différence entre un optimiste et un pessimiste : « l’optimiste invente l’avion, le pessimiste invente le parachute »...

On pourrait dire la même chose en remplaçant l’avion par la moto et le parachute par le casque. Dans tous les sports où la marge de sécurité est mince, il est sans doute réaliste d’envisager le pire. Mais peu importe votre position psychologique sur la question, nous voulons tous porter un équipement qui offrira la meilleure protection possible si jamais – lorsque, dira le pessimiste – survient une chute.

Pour lancer le débat, il faut d’abord se demander si les vêtements protecteurs pour motocyclistes sont vraiment utiles. Sinon, aussi bien adopter le point de vue des fatalistes qui roulent sur leur GSX-R en T-shirt et en gougounes et qui se disent sans doute « si je me plante à haute vitesse, je ne m’en remettrai pas de toute façon, alors à quoi bon porter des vêtements protecteurs? ».

La première chose qui frappe quand on analyse les accidents de moto, c’est que les hautes vitesses sont un facteur très secondaire. La plupart des motocyclistes ont sans doute tendance à tourner la poignée un peu trop à l’occasion, mais ces excès ont très peu de conséquences sur les statistiques de collision. En fait, la plupart des accidents de moto surviennent à des vitesses étonnamment basses, soit moins de 50 km/h dans 75% des cas.

Plus important encore, selon une étude européenne de 2004 intitulée Motorcycle Accidents In Depth (MAIDS), dans plus de 40% de ces accidents, le pilote glisse ou roule simplement sur la route « sans impact avec un autre objet ». Or, comme le précise une autre étude (Typical injury patterns of motorcyclists in different crash types), c’est dans ce genre de chutes que les vêtements protecteurs permettent d’atteindre les plus grands niveaux de réduction des blessures. Autrement dit, dans 40 à 50% des cas, on peut se tirer d’un accident de moto sans se blesser ou simplement avec des blessures mineures.
À condition de porter des vêtements protecteurs appropriés.

L’étude MAIDS a déterminé que dans environ 90% de ces accidents à basse vitesse, les vêtements protecteurs ont permis d’éliminer ou de réduire radicalement les blessures à la tête, aux bras, au torse, aux jambes et aux pieds. De même, dans le cadre d’une étude réalisée sur les accidents de moto dans la région de Munich (Effectiveness of protective clothing in Munich area motorcycle accidents), on a observé que les pilotes qui portaient une veste et des bottes se remettaient plus vite de leurs blessures. De plus, ils passaient moins de temps à l’hôpital et avaient 40% moins de chance de souffrir de problèmes physiques permanents par la suite.

Ces études confirment, sans surprise, l’importance des vêtements de protection. Ce qui est plus surprenant, par contre, c’est qu’aucune des études ne fait ressortir l’importance du type ou de la qualité des vêtements. Autrement dit, le message primordial, c’est qu’il faut porter des vêtements protecteurs, quels qu’ils ­soient. Oui, même votre vieille veste avec les mousses desséchées qui s’égrènent sera toujours mieux qu’une chemise hawaïenne.

Cela dit, il est évidemment souhaitable de choisir le ­meilleur équipement possible. Pour ce faire, il est intéressant de comprendre les principes de base du fonctionnement des accessoires de protection. Dans le cas des vestes et des pantalons, ils réduisent les impacts par absorption et/ou dissipation. Pour l’absorption, pensez à une éponge qui s’écrase si on la tape. Pour un exemple plus dramatique, imaginez que Jean Pascal vous ­administre une droite dans l’estomac alors que vous portez deux gros oreillers de plume bien attachés sur le bedon. Maintenant, imaginez la même droite sans les oreillers...

La protection par dissipation est sensiblement diffé­rente. Au lieu d’absorber la force de l’impact, on essaie plutôt de la distribuer. Un coup de marteau dans le dos peut facilement vous briser un os; mais si vous portez une plaque de protection qui répartit la force sur une grande surface, la force appliquée sur chacun des os sera ­beaucoup moindre.

Ces exemples sont simplistes, mais ils illustrent bien la différence entre les armures rigides (notamment utilisées dans les combinaisons de course Dainese) et les armures souples (Forcefield, D3O, SAS-TEC et plusieurs autres). Pour une protection optimale, on peut combiner les deux approches. C’est pourquoi, à l’intérieur des armures rigides de Dainese, on retrouve aussi une surface coussinée, conçue pour absorber l’énergie que l’armure exté­rieure n’aura pas dissipée.

Du côté des innovations les plus récentes, on retrouve maintenant des armures composées d’un matériau dit viscoélastique, dont la structure moléculaire change lorsqu’elle est soumise à un stress. Au repos, ce matériau se comporte comme un caoutchouc mousse souple, mais dès qu’on lui applique un coup sec, il se transforme instantanément en un gel beaucoup plus rigide. Ce changement de structure moléculaire permet d’absorber une partie de l’impact tout en dissipant une partie de l’énergie. On retrouve notamment ce matériau chez les marques D3O, SAS-TEC et Aerostich TF.

Il y a également d’autres systèmes, comme le SeeSoft de Rev’It, qui fait appel à différentes couches de mousse superposées. En cas d’impact, elles se chiffonnent les unes sur les autres pour augmenter l’épaisseur de la couche protectrice et le niveau d’absorption.

Comment s’y retrouver avec toutes ces technologies si différentes les unes des autres? Les seules normes d’efficacité actuelles sont les normes de Conformité ­européenne (CE) de l’Union européenne. La première directive, la EN1621-1, a été élaborée au début des années 1990 pour établir les seuils d’absorption minimaux des protecteurs pour les épaules, les hanches, les genoux et les coudes (il y a aussi différentes normes pour la résistance à l’abrasion, au déchirement, etc.).

La norme EN1621-2 pour la protection dorsale est plus connue (de même que la 1621-3 pour la poitrine). Chacune des normes se divise ensuite en deux catégories, CE 1 et CE 2, selon le niveau de protection.

Pour réaliser les tests de conformité aux normes CE, on mesure l’énergie transmise à une plaque d’acier par un objet de 5 kg qu’on laisse tomber d’une hauteur de 1 mètre. Dans le cas de la norme EN1621-2, il s’agit d’un prisme à faces triangulaires. L’enclume (la plaque qui permet de mesurer la force de l’impact) a un rayon de 150 mm pour s’apparenter à la courbe d’une colonne vertébrale. Dans le cas des protecteurs pour les hanches, les épaules, les genoux et les coudes, la méthode est semblable, sauf que la surface d’impact du poids est différente (40 x 30 mm) et l’enclume a un rayon de 50 mm pour s’apparenter à la courbe des plus petites articulations.

À la base, l’énergie reçue par l’enclume est de 50 joules. Pour répondre à la norme CE 1, l’armure protectrice doit réduire la force transmise à l’enclume à 35 kilonewtons (kN) ou moins. Pour la norme CE 2, le maximum est de 20 kN. Dans le cas des protecteurs dorsaux, les exigences sont plus sévères : maximum de 18 kN pour la CE 1, et de 9 kN pour la CE 2.

Les fabricants ne sont pas obligés de publier les résultats spécifiques des tests, mais certains le font. Le protecteur dorsal conventionnel le plus performant que j’ai trouvé jusqu’à maintenant est le Forcefield Pro Sub 4 avec une mesure de 3,38 kN. Les protecteurs viscoélastiques NP de BMW font très bien aussi avec une force ­maximale transmise de 4 à 6 kN. Les certifications CE 1 et CE 2 établissent des seuils maximums, mais pour comparer le niveau de protection exact fourni par les armures, il ­faudrait que tous les manufacturiers soient obligés de publier leurs résultats de tests.

Les mesures de performance exprimées en joules ou en kN vous semblent sans doute passablement abstraites... Le Larousse définit le joule comme une unité de mesure d’énergie équivalant au travail produit par une force de 1 newton dont le point d’application se déplace de 1 mètre dans la direction de la force. Quant au newton, il s’agit d’une unité de mesure de la force équivalant à la force qui communique à un corps ayant une masse de 1 kilogramme une accélération de 1 mètre par seconde...

Vous voulez un exemple plus concret? Imaginez une brique de 5 lb qui vous tombe sur le dos à partir d’une hauteur de 6 pi, ou un haltère de 10 lb à partir d’une hauteur de 3 pi. Cela correspond environ à 50 joules, et c’est probablement suffisant pour vous briser un os, ou à tout le moins pour vous faire très mal.

Continuons à mettre les choses en perspective. Quand on roule en moto à 100 km/h, notre énergie correspond à environ 60 000 (!) joules. Même le meilleur vêtement protecteur ne servira donc pas à grand-chose si on frappe un mur de brique. En réalité, les vêtements protecteurs sont conçus pour protéger une petite partie de notre corps contre l’impact à 7 ou 8 km/h qui correspond à une chute en bas de la moto. Les meilleures armures pourraient aussi nous protéger contre l’impact un peu plus élevé qui résulte d’un « highside ».

La puissance des impacts auxquels notre corps peut résister est variable, mais selon des chercheurs de l’Université Wayne, il peut suffire d’aussi peu que 3 kN pour briser une côte chez une personne normale. Les os plus gros et plus solides (ceux de la mâchoire, par exemple) peuvent résister à une force deux fois plus élevée, mais on est encore bien en deçà des 18 kN de la norme CE 1 pour les protecteurs dorsaux. Et vous vous souvenez de la limite de 35 kN pour les protecteurs pour les épaules, genoux, etc.? C’est le seuil à partir duquel les os commencent à se fracasser plutôt que de se casser proprement.

À quoi correspond un coup de 9 kN, le seuil de la norme la plus sévère? Les recherches révèlent qu’un combattant d’arts martiaux mixtes de poids moyen peut produire une force de 8 ou 9 kN avec un bon coup de pied circulaire. Un boxeur poids lourd pourra atteindre ce niveau avec une solide gauche. Alors imaginez un bon kick de Georges St-Pierre dans le dos. C’est ce que vous ressentiriez avec un protecteur dorsal de niveau 2. Avec le niveau 1, multipliez la force par deux.

Cela dit, le meilleur vêtement protecteur au monde ne sera utile que si on le porte. Autrement dit, les vêtements protecteurs doivent être assez confortables pour qu’on les enfile à chaque fois qu’on monte sur la moto. Et cela, les essais en laboratoire ne peuvent pas en tenir compte.

On sait cependant que les armures en matériaux viscoélastiques et autres matériaux souples marquent des points au niveau du confort. Le D3O par exemple, très ­populaire dans les vêtements protecteurs pour usage routier, est particulièrement flexible. La ventilation est un autre volet important pour assurer le confort par temps chaud. Les matériaux viscoélastiques ne sont habituellement pas très performants à cet égard, mais certains produits avec caoutchouc nitrile, comme le Rukka RPV Air, sont flexibles tout en offrant une bonne circulation d’air. En fait, les différents matériaux s’avéreront plus ou moins avantageux en fonction des usages auxquels on les destinera.
Le Forcefield Pro Sub 4, par exemple, obtient des résultats exceptionnels aux tests CE, mais il est plutôt massif, bien qu’il soit malléable. Je n’ai pas l’impression qu’il s’avérerait confortable pour de longues randonnées. Pour la route, un autre modèle de Forcefield, le Pro L2K EVO, serait sans doute préférable; il répond également à la norme CE 2, mais il est beaucoup plus mince.

L’armure rigide de Dainese offre un excellent niveau de protection et d’absorption de l’énergie. Par contre, certaines versions font appel à une structure d’absorption en aluminium en nid d’abeilles à usage unique. Son efficacité est élevée, mais il faut la remplacer une fois qu’elle a été écrasée. Forcefield, D3O et la plupart des fabricants d’armures souples soulignent le fait que leurs polymères peuvent absorber des chocs répétés. Dainese utilise maintenant un plastique qui peut supporter des chocs répétés dans certaines de ses armures rigides. La firme produit également sa propre marque de protecteurs souples, Pro Armour, conçus pour être enfilés sous des jeans et autres vêtements de pilotage sur route.

Dans la plupart des articles où on analyse les différentes armures offertes sur le marché, les auteurs refusent de faire des recommandations spécifiques. Et ils ont bien raison. Il y a trop de variables (les accidents sont tous différents les uns des autres), d’éléments inconnus (la performance relative des protecteurs, par exemple) et de variations entre les différentes technologies.

Toutefois, je peux vous dire comment je choisis mon propre équipement. Pour la course, je porte un protecteur dorsal Dainese; j’aime le fait que cette armure rigide soit en mesure à la fois de dissiper et d’absorber l’énergie (et pour un usage en piste, je ne me soucie pas de sa capa­cité à subir des chocs répétés). Mon autre choix est la Forcefield Sub 4; elle n’est peut-être pas aussi performante dans le cas d’un coup très localisé (un rebord de garde-fou, par exemple), mais elle est probablement plus coussinée. Son niveau de protection supérieur justifie amplement l’achat de cuirs plus grands.

Pour la route, je remplace tous les protecteurs de mes vestes par des Forcefield Nitrex Evo ou d’autres protecteurs viscoélastiques. Mon choix est simplement dicté par les modèles qui s’insèrent le plus facilement dans les pochettes. Par exemple, j’adore ma veste ventilée Olympia Airglide 3, mais elle était très mal pourvue côté armures. J’ai donc inséré des protecteurs de coudes Forcefield, des coussins D3O aux épaules et un protecteur viscoélastique SAS-TEC CE 2 au dos, que j’ai découpé pour qu’il entre dans la pochette. Si la ventilation est aussi importante que la souplesse pour vous, des modèles comme les Rukka RVP Air s’avéreront peut-être plus confortables. À vous de voir si vous voulez privilégier la protection ou le confort. Quoi qu’il en soit, vous pourrez facilement trouver des ensembles de protecteurs individuels pour faire la mise à niveau de votre équipement. Un protecteur dorsal coûte entre 40 et 100 $, et les protecteurs de coudes et d’épaules sont moins chers encore. Vous n’avez donc pas d’excuse pour ne pas équiper votre vieille veste avec les meilleures armures actuelles (surtout que le format des pochettes de coudes et d’épaules est relativement uniforme).

Ajoutons un dernier aspect, trop souvent oublié : l’ajustement des vêtements protecteurs sur le corps. Tous les experts à qui j’ai parlé dans le cadre de la préparation de cet article ont souligné que le bon positionnement des protecteurs était tout aussi important que leurs performances en matière d’absorption de l’énergie. Autrement dit, il est absolument essentiel que votre armure soit placée au bon endroit et solidement maintenue pour qu’elle puisse bien faire son travail lors d’une chute.

Certains spécialistes estiment que ce sont les blessures aux coudes qui sont les plus fréquentes chez les motocyclistes qui portent des vêtements protecteurs. Pourquoi? Parce que leurs manches ne sont pas assez serrées, et les protecteurs de coudes se déplacent lors d’une chute. Mon conseiller préféré en matière de vêtements protecteurs, John McBride de Riders Choice, explique que le plus grand problème auquel il doit faire face lorsqu’il vend des combinaisons de course, c’est que les clients veulent un modèle un, ou même deux, points trop grands. La combinaison qu’il m’a vendue – et que je porte encore aujourd’hui – me semblait inconfortablement étroite les deux premières fois que je l’ai portée. Même chose pour les vêtements pour la route : il faut qu’ils soient suffisamment serrés pour bien maintenir les protecteurs. Quand je retire les deux doublures intérieures de ma veste Airglide (pluie et isolation thermique), je m’assure de bien resserrer les courroies aux bras pour immobiliser mes armures Forcefield.

Pour une précision optimale, l’idéal est un sous-­vêtement protecteur comme ceux proposés par Forcefield, Bodyguard, Bohn ou Leatt. Comme ils épousent le corps, ils permettent de toujours maintenir les protecteurs en position idéale. Par contre, ces « combines » peuvent devenir très chaudes lorsque le thermomètre dépasse les 30 degrés. Question de compromis là encore, comme pour tous les vêtements de moto.

Quant à l’avenir des vêtements de protection pour la moto, il ne se situe pas du côté des armures de plus en plus techniques, mais plutôt du côté des sacs gonflables. Incorporés à une veste ou vendus séparément, ils consti­tuent un mariage idéal entre les protecteurs rigides et les protecteurs souples. La pression élevée dans les sacs dorsaux crée une barrière assez rigide pour dissiper l’énergie sur une grande surface tout en offrant assez de souplesse pour absorber les coups. Dainese affirme que la version pour usage routier de son système D-air transmet seulement 2,5 kN au test EN 1621-2, ce qui est mieux encore que le Pro Sub 4 de Forcefield. Pour les plus petites articulations, le sac D-air version compétition peut réduire la force transmise aux épaules à seulement 2 kN, ce qui est radicalement inférieur aux 35 kN de la norme CE 1.

Les affirmations du petit fabricant italien Clover sont impressionnantes également. Son sac gonflable de grande superficie, qui se déploie du coccyx jusqu’au milieu de la hauteur du casque, transmet seulement 1,4 kN. Il s’agit d’une mesure six fois moins élevée que celle requise pour obtenir la certification de niveau 2 pour les protecteurs dorsaux traditionnels. Plus important encore, ce sac permet de réduire l’impact de 35 fois. En d’autres termes, si vous portez cette veste et que vous faites une chute sur le dos, moins de 3% de la force de l’impact sera transmise à votre colonne vertébrale. Vous vous souvenez de notre exemple avec le coup de pied de Georges St-Pierre. Eh bien, ce sera l’équivalent d’une tape dans le dos par un enfant de cinq ans...

En tant que pessimiste avoué, je viens tout juste de m’acheter ma première veste à sac gonflable.