Éditorial

26 octobre 2017

Donner au suivant, version compétitive!

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S’entraider entre motocyclistes est une chose que l’on fait sur le bord de la route ou des sentiers tout naturellement. Lorsqu’il est question de compétition, l’esprit d’entraide se manifeste également de toutes sortes de façons, mais il ne faut pas s’attendre à ce que le réflexe soit automatique. Le coup de main de celui qui sera, ou a tout juste été, un rival n’est pas si rare; c’est seulement que l’on doit le mériter ce coup de main ou ces conseils précieux. Si j’arrive avec l’attitude « après moi le déluge », je risque de me retrouver tout seul dans mon coin et ne pas avoir beaucoup d’amis qui seront enclins à me dépanner lorsque j’aurai perdu un écrou d’essieu. C’est le genre de chose qui arrive aux débutants, tant d’avoir de l’attitude que de perdre des boulons… Les habitués des courses sont normalement relativement humbles, ou du moins le sont pour le niveau qu’ils ont atteint, en plus de se montrer prévoyants en apportant les pièces de rechange susceptibles de sauver leur weekend si un pépin se produit. Puis ils oublient plus rarement de serrer l’essieu arrière lorsqu’ils travaillent sur la moto; après un temps à s’énerver et à agir comme une poule fraichement décapitée à chaque geste à poser, on apprend à gérer son stress pour mettre son énergie à la bonne place, soit sur la piste. Rester zen est le conseil que je donne aux débutants, du moins ceux qui veulent bien écouter, ce qui est la majorité d’entre eux je dois dire.

En plus de l’entraide habituelle, c’est à un autre niveau que je m’implique maintenant pour donner au suivant. L’an passé, après avoir roulé au championnat CSBK (« Petite moto, grande piste », Moto Journal mars 2017), j’ai acquis une Ninja 300 dans le but de la transformer en machine de course et avec un objectif précis. À la dernière course de la série Gentleman Road Racing à Montmagny, j’ai invité Xavier Paradis, 14 ans, à prendre le guidon pour l’initier à la compétition. La moto était d’origine sauf pour le carénage de course et un protecteur de levier de frein. Chaussée des pneus de piste Dunlop DOT, la petite Kawasaki pouvait quand même tenir son bout et Xavier a bien tiré son épingle du jeu en prenant le quatrième rang en catégorie lightweight. La Ninja est retournée accumuler la poussière un temps puis, à moins de quelques semaines du début du championnat CSBK/Mopar, j’ai mis en branle l’aventure « le racer, projet Ninja 300 CSBK » pour donner la chance à ma recrue de faire la coupe Kawasaki Ninja 300 nationale.

Qui dit course dit aussi temps trop court pour se préparer. C’en est toujours ainsi et se décider à moins d’un mois du début du championnat ne fait qu’amplifier le phénomène. Mes vacances furent donc avancées au milieu de mai pour que je consacre une centaine d’heures à préparer l’essentiel à mes yeux. Ici, mon expérience de la course (de plus du double de l’âge de mon pilote qui a maintenant 15 ans, soit le minimum pour la série nationale) est un atout et un inconvénient; je sais ce qu’il faut faire et je sais qu’il y en a plus à faire que ce que le temps me permet. Choisir les priorités et ajuster selon chaque embuche est le rôle du manager-préparateur. Même un projet simple comme préparer la petite Kawasaki, avec les modifications grandement limitées par la réglementation stricte, aurait pu occuper tous mes temps libres (et drainer encore plus mon compte en banque) depuis l’automne, donc au moins la décision tardive m’aura laissé une vie presque normale, avec du sommeil chaque nuit, jusqu’à la fin avril. Il faut voir le positif!

Comme il est écrit dans le grand livre d’un certain Murphy, le départ pour notre premier weekend de course de 2017 s’est fait en retard, courtoisie d’un module d’injection perdu dans le transport que j’ai retrouvé in extremis, ce qui m’a offert une belle nuit entière derrière le volant de mon Sprinter à réfléchir au travail à faire une fois notre puits monté au circuit de Shannonville. Si vous me croisez, vous me verrez avec un sourire accroché au visage, peut être est-ce la dernière étape avant que les fils ne se touchent pour de bon à cause de la fatigue… mais j’aime croire que c’est la satisfaction de transmettre cette passion à quelqu’un qui en retire autant de plaisir que moi.

Merci Xavier.