Course

25 octobre 2017

Voyage au Classic TT de l’île de Man: le Saint-Graal de la moto d’époque

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Au risque de me répéter, j’adore les salons de la moto. J’y vais toujours en famille depuis que mes gars sont assez grands pour monter sur une PW50… Au salon, il y a les motos, mais c’est aussi l’occasion de faire des rencontres qui, dans mon cas, m’inspirent pour remplir des pages de votre magazine préféré. Parle, parle, jase, jase (non je n’ai pas rencontré Réal Giguère!) en passant d’un kiosque à l’autre, je me retrouve à celui de Jeff Normand, d’Unforgiven Cycles (Moto Journal septembre 2013). Comme à l’habitude, ses motos customisées exposées ressortaient du lot et suscitaient la discussion. Et cette discussion m’amena à faire la connaissance de Chrystian Côté, ami et client de Jeff, mais aussi un passionné de motos et surtout de courses de motos. Disons que la connexion s’est rapidement effectuée…

Un voyage en particulier attira mon attention (Chrystian et sa conjointe Yoshimi parcourent le monde afin d’assouvir leur passion commune du sport motorisé sur deux roues), soit son séjour au Classic TT de l’île de Man en 2015. Tout le monde a entendu parler du TT disons régulier, avec ses vedettes qui risquent leur vie sur un circuit routier digne des combats de gladiateurs, mais bien peu de gens sont au courant qu’il existe depuis quelques années une nouvelle série de courses qui se déroulent sur le mythique circuit et qui se trouvent réservées aux machines d’époque (pré-1991). Voici donc son récit qui, je l’espère bien, vous mettra, comme ce fut le cas pour moi, plein de projets dans la tête…

- Étant passionné de courses motos, et ayant assisté aux MotoGP de Laguna Seca et d’Indianapolis, je me devais de faire le pèlerinage ultime, le Saint-Graal de la compétition moto mondiale, le TT de l’île de Man. Voir en piste les Michael Dunlop, Conor Cummins, John McGuinness, Bruce Anstey, pour ne nommer que ceux-ci, tous des vedettes adulées au TT, mais dont de ce côté-ci de l’Atlantique personne ne pourrait épeler le nom correctement, et je n’exagère que très peu.

Le Classic TT est une course de mécanique comme à l’époque… des pièces à 10 cents peuvent te faire perdre l’épreuve! Les pilotes doivent accomplir six tours du circuit comme pour les motos modernes… 20 minutes par tour. Contrairement à ce que nous sommes habitués sur les circuits de la FIM, au TT il n’y a pas d’écran géant pour suivre les péripéties des coureurs, mais on nous distribue un petit écouteur qui donne accès au commentateur qui nous informe comme au bon vieux temps. C’est vraiment plaisant! Souvent, on s’attend de revoir passer un coureur et il ne repasse jamais…

Il faut réserver près d’un an à l’avance sinon les meilleurs hôtels affichent complet assez rapidement. Les billets VIP en valent vraiment la peine. Nous avons passé quatre jours sur l’île et avions prévu trois autres jours de tourisme en Irlande. Après les quatre jours, ça ne me tentait pas vraiment d’aller visiter l’Irlande! J’en étais même rendu à envisager l’achat d’une maison sur l’île pour revenir à tous les ans! Les attractions pour tout amateur de motos (classiques surtout) ne manquent pas. Plusieurs font le voyage directement de l’Europe vers l’île avec leur vieille monture restaurée, ce qui pour moi représente un vrai musée mobile! Plusieurs marques et modèles que nous ne voyons jamais en Amérique du Nord y sont présents. Étant donné que la foule est moins dense qu’au TT régulier, les accès aux puits, aux motos et aux coureurs sont beaucoup simplifiés (surtout avec une passe VIP!). Tout le monde est sympathique, même si sa moto est en morceaux!

Une des activités les plus intéressantes mis à part les courses est le Parade lap qui regroupe près de 200 motos de la fin des années 1950 à 1991. Certains prennent ce tour de parade pour une véritable compétition, un vétéran du TT a déjà vu deux motocyclistes se planter solide durant ce tour à vocation touristique, ils s’imaginaient en compétition…

Pour ma part, y participer avec ma moto (Kawasaki H1 500 cc 1974 passablement modifiée) constituerait le comble du bonheur. J’essaierais aussi de me procurer un moyen de transport afin de pouvoir me déplacer plus facilement sur l’île, car à pied ou avec les autobus et les petits trains, il n’y a pas accès partout comme si nous étions en voiture… Pour les pièces, certaines marques sont représentées et offrent des pièces d’époque pour dépanner les compétiteurs et touristes...

Plusieurs croient qu’un tel voyage amène un déboursé exorbitant, mais tout étant relatif, le coût, incluant le billet d’avion à environ 800 $ pour se rendre en Irlande et les billets VIP pour deux des quatre jours, représente un total variant entre 4000 $ et 5000 $ selon les dépenses personnelles. On peut y faire un vrai beau voyage pour un peu plus qu’un traditionnel tout inclus dans le Sud! (P.S. : C’est encore moins cher en faisant du camping, mais même au mois d’août, il fait frais sur l’île!)

Pourquoi aller au Classic TT plutôt qu’au « vrai »? Il est beaucoup plus compliqué d’avoir des billets pour le « vrai TT », et aussi, les sons des différentes motos présentes en course au Classic (imaginez une Honda RC166 6 cylindres 250 cc, une MV Agusta 3 cylindres 350 cc, une Norton Manx mono, pour ne nommer que celles-ci) en pleine descente, poignée au taquet avant la courbe Creg-ny-Baa, rien au monde n’égale ça! Il ne faut pas se le cacher, il y a beaucoup moins de spectateurs au Classic, ce qui assure un plus grand accès aux pilotes ainsi qu’aux paddocks. La bonne humeur et la camaraderie du monde de la moto y sont généralisées. La foule est constituée de beaucoup d’Européens, de quelques Japonais et Américains, et d’aucun autre Canadien! Les courses n’occupent pas toutes les journées de la semaine, les organisateurs y vont par alternance, une journée de courses, une journée libre, pour accommoder les touristes, mais aussi pour ne pas prendre en otage la vie des résidents qui, disons-le, aiment bien eux aussi festoyer…

Le problème avec l’île de Man, c’est qu’une fois que tu y es allé, tu dois y retourner, car les meilleurs endroits pour bien voir passer les motos ne sont pas évidents à trouver la première fois. Par exemple, Bray Hill (un incontournable), où les motos descendent la colline à des vitesses incroyables, presque aussi rapidement que les versions modernes! Nous avons eu la piqure et adoré notre trop court séjour. Se rendre sur une île où la moto fait partie du folklore et n’est pas perçue comme une nuisance fait toujours chaud au cœur. Nous espérons vous avoir convaincus de faire de même avec notre compte-rendu et on se donne rendez-vous au pub Creg-ny-Baa pour une pinte!

John McGuinness : du TT au Classic TT
Pour se donner un aperçu de la perception d’un pilote aguerri et connaissant le circuit comme sa poche pour y avoir roulé tous les ans durant le TT depuis 1996, j’ai cru bon de vous résumer l’entrevue que John McGuinness accordait au magazine officiel du Classic TT de 2015. Après trois essais infructueux au guidon d’une Paton 500 cc, il finira par remporter l’épreuve de 2016, détenant une avance de 20 secondes sur son plus proche rival et établissant un nouveau record à une vitesse de 113.34 mi/h.

McGuinness compare la position de conduite de ses superbikes à celle de la Paton et en vient à la conclusion que les pilotes de l’époque (années 1960) y étaient sûrement plus à l’aise avec leurs cuirs plus ajustés et minces de même qu’avec leurs bottes plus souples comparativement aux armures modernes plus efficaces mais aussi plus encombrantes. Ou encore, est-ce qu’avec le temps, McGuinness est devenu un peu plus enrobé que ses prédécesseurs? Par contre, il n’a jamais ménagé sa monture en raison de son âge avancé, c’est une machine de course, elle se doit de performer! (Il dut attendre sa quatrième présence avant de l’emporter, abandonnant souvent pour cause de bris mécanique).

Bien qu’il s’agisse de vieilles mécaniques à l’origine, ces machines disposent de plein d’évolutions techniques apportées tant au moteur qu’à la partie cycle (au musée les freins à tambours!), mais les pneus demeurent étroits et avec chambres à air tant à l’arrière qu’à l’avant. Le bruit émis par l’échappement n’a rien à envier aux motos modernes en termes de décibels. Même en y mettant tout son talent, John peine à battre les temps de Mike Hailwood établis en 1967! Cela démontre tout le courage qui habitait les pilotes du temps et qui habite aussi ceux qui font revivre leur légende aujourd’hui…