Entretien

25 octobre 2017

Jeff Boudreault et l’amour de la moto

Photo: Solveil Contré

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On a découvert et suivi Jeff Boudreault à la télévision, au cinéma et au théâtre, mais le comédien, aussi producteur et dramaturge, est habité, depuis son tout jeune âge, par une passion qui le rapproche de plusieurs Québécois : la moto. Nul ne pouvait en douter lorsqu’il est arrivé au restaurant Chez L’Artisan, à Saint-Mathias-sur-Richelieu, tout souriant sur sa Harley-Davidson Softail Slim S 2016.
Par Samuel Paré

Le comédien ne roule pas uniquement en custom : il possède aussi une Suzuki V-Strom 2016 avec laquelle il fait de longs trajets et des randonnées hors route. Jeff Boudreault aime la moto sous tous ses aspects et a possédé plusieurs machines, parfois simultanément, pour assouvir son désir incessant de rouler de toutes les façons possibles. « Je ne les nommerai pas toutes : à un moment, j’en avais cinq dans le garage », confie celui qui estime à 31 le nombre de motos qu’il a possédées. Ce nombre impressionnant cache-t-il une quête inassouvie de la moto idéale? « Non, c’est juste que je suis cave! J’ai un côté impulsif et suis vraiment amoureux des motos », s’esclaffe Jeff Boudreault, traduisant avec humour sa passion dévorante. « Si je désire une moto et que je suis en mesure de l’acheter, je l’achète », conclut-il.

Genèse d’une passion
Il fut pourtant une époque où Jeff Boudreault n’était pas en mesure d’acheter les motos qu’il voulait, car sa passion remonte à son enfance au Lac-Saint-Jean. « J’avais huit ans. Ç’a commencé avec la moto de mon cousin, une Honda Mini-Trail 50. Ses parents avaient une terre à Saint-Prime, et j’y ai roulé avec lui », raconte le comédien. Son environnement immédiat, à Roberval, était également propice à susciter le désir de devenir motocycliste. « Il y avait les petits St-Pierre, sur le boulevard Saint-Dominique, qui vivaient pas loin de chez nous. Leur père avait des machines dans le bois et faisait beaucoup d’argent. Les enfants étaient gâtés : ils avaient toujours des motos, des quatre-roues, des trois-roues, etc. Moi, j’étais beaucoup plus jeune qu’eux et je fantasmais à les regarder : j’avais le goût d’avoir une moto parce que ç’avait l’air dont le fun. Il y avait aussi, proche de chez nous, un magasin qui s’appelait Desgagnés Scies à chaîne, qui était, entre autres, un concessionnaire Honda. J’étais tout le temps rendu là : je rêvais d’avoir un CR80 », se remémore avec plaisir Jeff Boudreault.

La route vers sa première moto n’a pas été sans embûches, mais le comédien a finalement obtenu ce qu’il voulait grâce à ses efforts et à l’attitude conciliante de ses parents. « Mon père et ma mère ne voulaient pas vraiment que j’aie une moto. À force d’insister et de persévérer, j’ai fini par en avoir une : c’était une Honda XL 100 1979. On n’était pas riches. Mon père nous a élevés avec 24 000 $ par année : il n’avait pas d’argent pour ça. J’ai donc commencé à travailler à l’âge de 12 ans, et tout mon argent allait là-dedans », indique l’acteur. Cette persévérance, qui tient pratiquement du dévouement, illustre bien le bonheur que pouvaient apporter à Jeff Boudreault ses sorties en moto dans les champs : il était, dès son jeune âge, prêt à tout pour rouler. Ces souvenirs sont toujours gravés dans son cœur. « Je rêve de reprendre une moto de trail pour refaire les sentiers de mon enfance, mais la plupart ont disparu, car ils ont construit le parc industriel », confie l’acteur, visiblement nostalgique.

La moto aujourd’hui
La vie de Jeff Boudreault a bien changé depuis son départ de Roberval, mais sa passion pour la moto est restée intacte et n’a cessé de croître, propulsée par le même désir immense qui l’a tant fait fantasmer et travailler dans sa jeunesse. Le comédien a aujourd’hui plus de moyens que jadis pour réaliser ses fantasmes, ce qui lui a permis, entre autres, de posséder jusqu’à cinq motos simultanément. Il aime bien ce qu’il appelle ses « bébelles », mais convoite davantage, en vrai « rouleux », la diversité des situations de conduite permise par différents types de motos. Le concept de « moto idéale » colle mal à un passionné comme Jeff Boudreault. « La moto parfaite n’existe pas. Pour en faire une, ça en prend trois-quatre », rigole-t-il. L’acteur avoue bien humblement qu’aucune machine n’est inaccessible pour lui, il aimerait donc en posséder plusieurs. « J’irais me chercher une grosse routière (comme une BMW K1600 GTL), une moto d’aventure (comme une BMW R1200 GS), une petite enduro de 250 cc, une super-sport (comme une Ducati Panigale), etc », énumère-t-il. Jeff Boudreault a tout de même des rêves plus précis : il s’est déjà acheté une BMW R1200 GS équipée à son goût et, si l’argent n’était pas un problème, il aimerait avoir la moto conduite par Steve McQueen dans le film The Great Escape (1963).

Jeff Boudreault est passionné par les motos en tant que machines, mais la moto comme expérience est toute aussi importante dans sa vie. En effet, pour lui, être motocycliste satisfait un désir de liberté qui le brûle depuis sa jeunesse. « Dans le temps, au Lac, j’allais à la chasse. Quand je suis arrivé ici, je me suis dit : "Si je ne vais plus à la chasse, eh bien, je vais me garder une semaine pour faire un voyage de moto" », raconte-t-il. Ces voyages, il en a fait plusieurs avec des amis comédiens. Il garde, entre autres, un bon souvenir de ses trois périples au Tennessee pour faire du hors-route dans les monts Great Smoky.

Même lorsqu’il ne voyage pas, rouler en moto est synonyme d’évasion pour Jeff Boudreault, mais cette évasion n’a rien d’un évitement : elle s’avère plutôt une rencontre paisible avec lui-même. « J’ai toujours dit que ma moto, c’est mon psychologue. Quand tu roules pendant des heures, tu en règles des affaires dans ton casque. C’est un cocon : tu es seul et enveloppé par le son de la machine. Je trouve ça réconfortant », explique-t-il.

Depuis trois ans, Jeff Boudreault a moins de temps pour rouler, car il doit s’occuper de son dernier-né, qui n’a justement que trois ans. Ainsi, il saisit, au quotidien, toutes les occasions de le faire. Il s’accroche aussi à son implication dans la communauté motocycliste : Harley-Davidson l’a déjà rémunéré en motos pour sa participation à des publicités; le comédien est porte-parole d’Eskape à Carignan; et il s’implique avec la fondation Héma-Québec dans l’évènement Roulons pour la cause, qui vise à amasser des fonds et à recruter des donneurs de plasma sanguin. Dans sa vie privée, Jeff Boudreault roule maintenant plus lentement pour admirer les paysages. Heureux dans son cocon, sa tête est encore remplie de rêves. Il aimerait, entre autres, traverser le Canada d’est en ouest et revenir vers l’est par les États-Unis avec son fils aîné, Victor, lui aussi passionné de moto. « Un lever de rideau, on n’en a qu’un. J’espère que, sur mon lit de mort, mon agenda va être encore plein, mais que je pourrai me dire que j’en ai fait, des choses. »

Suivez Jeff Boudreault à l’antenne de Radio-Canada dans District 31 et Mémoire vive ainsi qu’à Télé-Québec dans Salmigondis. Le comédien sera également de retour pour la troisième édition de l’évènement Roulons pour la cause de la fondation Héma-Québec.