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J’haïssais l’hiver!

PAR Marc ParadisPosted on

Il y a de ça bien des années, en fait lors du visionnement de For your eyes only (le James Bond paru en 1981), je fus littéralement conquis par la scène où Roger Moore se fait prendre en chasse sur une piste de bobsleigh par un « méchant » pilotant une Yamaha XT500 munie de crampons que l’on pourrait qualifier d’assez agressifs. Il s’agit là de l’une des poursuites en moto parmi les plus mémorables du septième art. À l’époque, aucune modification n’était apportée par ordinateur, de vraies belles cascades… Bien entendu, c’est du cinéma. Faire de la moto sur la glace en hiver, ça ne se fait pas, se disait l’ado de treize ans que j’étais… Jusqu’à ce que je vois mes premières photos de courses sur glace dans Moto Journal. Des noms tels Michel Mercier, Chris Evans, Jean Bourret et le meilleur de tous, Marcel Fournier remplissaient les pages de ce magazine. J’étais loin de me douter qu’un jour, on m’offrirait l’occasion d’essayer cette singulière discipline… Qui d’autre que le Racer lui-même, Monsieur Guy Caron (qui sévit en ces pages), personnifiant le démon tentateur des grands espaces glacés? L’histoire remonte au Salon de la moto de Québec en 2011. Guy, accompagné des frères René et Hugo Fournier, vient me rendre visite au kiosque de Moto Journal. Les sujets de discussion étant souvent variés (mais portant toujours sur le monde de la moto, bien sûr) avec mon ami verbomoteur, nous finissons par aborder celui des compétitions de moto sur glace. Comme par hasard, Hugo s’était « monté » une bonne vieille Yamaha Maxim 750 pour tourner sur l’ovale glacé de Saint- Jean-Port-Joli. La combinaison de vieille custom et glace ne me surprit pas autant qu’on pourrait se l’imaginer. J’avais déjà lu qu’une équipe albertaine avait participé au Numb bum (course d’endurance de 24 heures sur un lac gelé, bien entendu!) avec une Seca 750. Mais le fait d’avoir déjà possédé une Maxim dans le temps piqua ma curiosité… Il faut dire que celle d’Hugo était quelque peu customisée : roue de 18’’à l’avant, guidon bracelet, réservoir adapté, suspension abaissée à l’avant et relevée à l’arrière. Cet hiver, lorsque je vis la vidéo d’Hugo réalisée par René (Youtube :CSBK Winter Training) roulant non pas sur sa Maxim, mais bien sur une YZF600 cramponnée, je ne pus m’empêcher de lui faire part de mon admiration pour son talent et aussi concernant sa machine. L’invitation à essayer ladite moto, bonifiée par la possibilité de tester de vrais pneus cramponnés pour la glace par le maitre lui-même, Marcel Fournier, finit par me convaincre de me déplacer vers la région de Chaudière-Appalaches avec un mercure sous les -18 °C. Le plan initial fut modifié à la dernière minute : nous ne roulerons pas sur le « Grand Prix » de Saint-Jean- Port-Joli, mais bien sur le lac des Plaines au sud de L’Islet. La condition de la glace et la superficie disponible, sans parler la possibilité de se chauffer dans un chalet habité, étant trop de bonnes raisons de ce changement de site. À notre arrivée, Guy (avec sa YZ450F), Sylvain Lavoie sur sa Husaberg 390FE et Hugo sur sa bibitte à glace roulent déjà depuis un moment. Les deux premières motos étant équipées de crampons Ez-Studz (grossiste qui en passant possède dans sa gamme des crampons allant de la bicyclette à la chargeuse frontale) qui offrent une adhérence impressionnante sur la glace, Hugo s’amusait à les rattraper avec sa moto de rue équipée de pneus ayant un alignement de vis copié sur les créations de Marcel Fournier. J’enfile rapidement mon équipement… en prenant bien soin de me geler les doigts. Après avoir observé les gars tirer des dérapages et des accélérations vraiment impressionnantes sur la glace, je n’attends plus que l’invitation d’aller remplacer l’un d’eux, ce qui ne saurait tarder. Guy m’offre de commencer avec sa moto, afin de pouvoir comparer (en bon pro, il avait aussi apporté ses roues montées de crampons compétition) et de m’initier progressivement.

Faire démarrer au kick la YZ450F ne pose pas un réel problème en temps normal, c’est-à-dire avec un pied offrant un bon point d’appui au sol, mais sur le lac, mon pied gauche se dérobe à chaque coup de kick… Avec l’aide de Guy, qui tient littéralement le taureau par les cornes, le mono prend finalement vie! Je relâche l’embrayage et c’est parti! Disons que le premier tour consista à me convaincre qu’effectivement les crampons font la job. Je qualifierais mes tours avec ces pneus de « prudents », ce qui signifie que mes angles en courbe étaient très loin de ceux de Sylvain et de Guy. J’avais beau me dire que la moto et les crampons en avaient vu pas mal plus que ce que je leur demandais, mais il faut croire que plus de 30 ans à rouler sur l’asphalte et le gravier prennent le dessus sur 5 minutes d’expérience sur la glace. Voir défiler de la glace vive sous la moto enclenchait un blocage dans mon cerveau dans le style : « Penche pas trop, le cave, tu vas te planter! » Je me suis quand même fait plaisir en faisant déraper l’arrière à volonté, tout en reprenant le contrôle lorsque je coupais les gaz. Je passe ensuite à la bizarre de bibitte à Hugo. À le voir tourner comme sur un circuit routier, devant en prime se battre avec les ornières creusées par son pneu arrière, je me dis que mes tours sur la YZF seraient eux aussi plus du genre touriste, surtout que la moto est équipée d’une transmission à rapports inversés de type course, ce qui me demande un peu plus de concentration afin d’éviter de baisser les rapports au lieu de les monter, chose qui n’arriva qu’une seule fois! Je profite donc d’une pause de son proprio pour « bummer » quelques tours sur cet engin à fabriquer de la glace concassée… Fraichement débarquée de la machine de cross, cette routière convertie cache mal son poids additionnel. Par contre, l’adhérence des crampons me met un peu plus en confiance que ce qui serait permis de croire sur une moto conçue pour rouler à des températures, disons, plus clémentes… Ne voulant pas priver Hugo trop longtemps de son jouet, je retourne aux puits pour mon dernier test avec la YZ450F montée par Maitre Fournier. Pour ceux qui ne seraient pas au courant, ces vis ne supportent pas le contact avec le sol abrasif, que ce soit du gravier, de l’asphalte ou du béton, il faut donc être très vigilant si l’on veut garder leurs qualités adhérentes. Presque à l’opposé, les Ez-Studz distribués par Sylvain Lavoie sont aussi durables que les crampons équipant mon auto! Pour un usage sur pratiquement toutes les surfaces, ils offrent un moyen sûr de rouler à moto l’hiver, quoi qu’en pensent nos amis de la SAAQ… Avant de m’élancer, Guy y va d’un conseil qui fera toute la différence : « Si tu penses que tu vas l’échapper, penche encore plus, tu vas voir, ça colle plus que sur l’asphalte! » Oui, chef! Je pars plus confiant que lors de mes autres sorties, si Guy le dit, ça doit être vrai! Le mordant à l’accélération est impressionnant, mais après une couple de tours, je commence à pencher de plus en plus, laissant même mon pied intérieur sur le repose-pied. Bien qu’à des années-lumière du pilotage de mes copains, je me suis fait bien du plaisir, même si je me suis « barré les pieds » dans une lame de neige et couchai la YZ sans dommages. Je repris la piste plus tard afin d’enfiler plus de tours avant que le soleil ne se couche. Lorsque nous avons arrimé les motos dans les camions, je me suis dit que mes prochains tours de roue n’auraient lieu que dans au moins deux mois… et puis j’ai songé à m’équiper moi aussi pour l’hiver prochain… projet à suivre!


Hugo Fournier : le pilote né sur la glace.
Par Guy Caron
En octobre 2010, Hugo était dans mon garage : « J’achète ta YZF600 et je vais faire de la course. » OK, c’est quoi ton expérience à moto? « J’ai déjà conduit une vielle Maxim dans le champ derrière chez moi. 2 fois.» Janvier 2011, la Maxim est sur un lac avec des pneus bricolés par Hugo. ça tient debout… un peu. Il a suivi mon conseil pour commencer : apprendre sur la glace. Mais les pneus ne sont pas à la hauteur. La semaine suivante, il s’est fabriqué une autre paire de pneus en copiant sur de vrais pneus de glace que je lui ai prêtés. Là tu parles! La courbe d’apprentissage est abrupte : il faut adapter la moto, ajuster les pneus tout en assimilant les rudiments du pilotage. « Tu équilibres ta moto avec les gaz en virage, si l’avant pousse, tu dois le décharger en ouvrant un peu plus. OK, ça, c’était trop! »
Les leçons sont bien retenues par Hugo, et en juin, c’est le temps de sortir la YZF prête pour la piste. Un cours de pilotage pour obtenir son permis de circuit avec MRQ et deux journées d’essai sur des Michelin Power de rue, « mieux vaut que t’apprennes tout de suite comment glisser, tu prendras des gommes tendres quand la vitesse le justifiera » et Hugo est prêt.
À sa première course en 600 Novice à Sainte-Croix, lors d’une ronde de la série TFR, il met un tour à tout le peloton sauf au 2e! Je convaincs Céline de le monter en Amateur à sa course suivante à ICAR. Qualifié 4e en Superbike Am, Hugo termine 8e avec la 600 sport-touring de 65 000 km.

Pour 2012, Hugo se cherche une bonne 600 pour se lancer dans la série nationale CSBK. Il trouve une R6 2009, ancien mulet de Kevin Lacombe. Bon état, c’est l’outil qu’il faut. À ses premières sorties en R6 Hugo comprend pourquoi j’insistais pour qu’il apprenne sur une moto facile; tout est beaucoup plus pointu pour la mise au point. Fidèle à lui-même, Hugo expérimente, décortique et applique ce qu’il a appris. Il s’inscrit à la première course de la série TFR à ICAR, question d’essayer la R6 en course. Qualifié 3e en 600 Amateur et 2e en Superbike Amateur sur des pneus usés, Hugo découvre que le pneu arrière neuf qu’il a monté pour les finales ne supporte pas le traitement qu’il lui inflige lors de la finale 600. Avec une solide avance, il ralentit donc la cadence et gère les glissades dans les derniers tours, prêt à répondre aux attaques des poursuivants. Au dernier tour, le pilote évoluant en deuxième position le percute violement et ça se termine par des culbutes dans le gazon à 150 km/h. Hugo n’est pas blessé, et l’on répare la R6 avec les moyens du bord. On passe l’inspection et tout est prêt pour la finale Superbike. La R6 démarre bien, puis se met à avoir des ratés et puis plus rien. On cherche le problème, en vain. Et Hugo rate la course… Plus tard, on découvre 300 ml d’eau dans l’essence et ça ne peut pas être un accident, il n’y a pas de trace d’eau dans aucun des contenants utilisés, ça sent le sabotage! Qu’importe, ce sont les nationaux qui comptent. Du championnat, il n’y a qu’un circuit connu pour Hugo soit Saint- Eustache. À Shannonville, il se fait remarquer. Nouveau sur le circuit, il se qualifie à l’avant du peloton et roule devant en 600 mais une sortie de piste le prive d’un top 5. En Superbike, Hugo essaie sa R6 pour la première fois sous la pluie. Il signe le 2e temps le plus rapide en piste, le plus rapide des 600, mais il chute lorsqu’il se bat pour le podium. La préparation de la visière pour rouler sous la pluie, c’est de l’expérience à prendre et quand la buée s’en mêle… Hugo a aussi fait une démonstration de ses capacités sous la pluie à Tremblant. Parti de la ligne des puits, sans roue de rechange, on a mis trop de temps à changer son pneu avant pour un pneu de pluie, il a remonté le peloton avec des temps 1,5 seconde plus rapides que tous les autres pilotes. Après avoir pris la tête, Hugo est tombé en dépassant un retardataire qui ne lui céda pas la ligne de course… Grâce à ses solides performances, Hugo a terminé 6e au championnat, et ce, malgré quelques chutes.
Pour Hugo, l’entrainement est littéralement sur la glace… en YZF600 cet hiver!

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